Les taxes douanières imposées par les États-Unis, avec un taux de 39%, ont rapidement provoqué une onde de choc sur les petites et moyennes entreprises (PME) suisses. Ces dernières, particulièrement présentes dans des secteurs comme l’horlogerie, l’alimentation ou encore la production de machines, sont les premières victimes de ce durcissement des relations commerciales entre la Suisse et les États-Unis.
L’impact est d’autant plus visible que ces PME représentent une part non négligeable de l’économie suisse, et les répercussions de ces nouvelles barrières tarifaires se font déjà sentir. Depuis leur introduction, ces taxes ont forcé plusieurs entreprises à revoir leurs stratégies de production, de distribution, voire à augmenter leurs prix.
Ricola et Emmi : stratégies de hausse des prix et répercussions sur la compétitivité
Ricola, l’entreprise suisse spécialisée dans la production de bonbons aux herbes, illustre bien la situation des entreprises confrontées à ces nouvelles taxes. Avant l’introduction des droits de douane, les exportations américaines représentaient 40% du chiffre d’affaires de la société. Pour atténuer l’impact des tarifs, Ricola a décidé d’augmenter ses prix de 10% à partir de décembre. Cette décision vise à compenser les frais additionnels liés aux droits de douane, bien que les produits Ricola soient déjà perçus comme des articles haut de gamme sur le marché américain, leur prix étant supérieur de 20% à celui des produits concurrents. Selon Thomas Meier, le PDG de Ricola, l’entreprise continue de miser sur l’automatisation de son processus d’emballage aux États-Unis pour améliorer son efficacité, rapporte Blick.
En parallèle, le groupe Emmi, qui réalise 85% de son chiffre d’affaires aux États-Unis, se retrouve également sous pression. Selon Ricarda Demarmels, la directrice générale d’Emmi, l’entreprise prévoit de répercuter l’augmentation des coûts sur ses clients américains. Toutefois, malgré des volumes d’exportation qui devraient diminuer à cause des droits de douane, Emmi explore déjà d’autres marchés pour diversifier ses sources de revenus. Si les grandes entreprises suisses, comme Ricola et Emmi, disposent de certaines ressources pour gérer la situation, elles devront néanmoins faire face à une diminution de leur compétitivité sur le marché américain.
Les PME horlogères et les défis de l’adaptation
Les petites entreprises suisses, notamment dans l’horlogerie, sont également gravement touchées. Victorinox, le fabricant des célèbres couteaux suisses, a observé une baisse significative de sa part de marché aux États-Unis, passant de 20% à 13% en quelques mois. Carl Elsener, le PDG de Victorinox, estime que cette baisse pourrait se traduire par des coûts supplémentaires de 13 millions de dollars à partir de 2026. Pour atténuer l’impact de cette hausse des droits de douane, la société envisage de déplacer certaines étapes de sa production, comme l’emballage, vers sa filiale américaine. Cette démarche, bien que coûteuse, pourrait permettre à Victorinox de contourner les obstacles tarifaires.
Pour d’autres entreprises comme Grovana, la situation est encore plus préoccupante. Spécialisée dans la fabrication de montres, Grovana a vu ses affaires avec les États-Unis pratiquement à l’arrêt. Son PDG, Christopher Bitterli, envisage d’augmenter les prix pour compenser les coûts supplémentaires générés par les droits de douane, tout en soulignant que l’importateur devra également supporter une partie de ces hausses. Le cas de Grovana illustre les défis auxquels font face les PME : ces entreprises, en raison de leur taille et de leurs ressources limitées, ont moins de marge de manœuvre pour s’adapter et doivent souvent faire face à des retards dans la chaîne d’approvisionnement, tout en préservant la qualité de leur production.
Les entreprises suisses comme Thermoplan, spécialisée dans la fabrication de machines à café, sont confrontées à des baisses de commande importantes, les clients attendant un éventuel changement dans la politique tarifaire avant de passer leurs commandes. Thermoplan, qui exporte plus de 30% de sa production vers les États-Unis, se trouve dans une situation délicate où certains de ses partenaires se retrouvent déjà en chômage partiel en raison de l’incertitude économique. Adrian Steiner, le PDG de l’entreprise, envisage de délocaliser une partie de la production pour réduire les effets de ces taxes, mais cette décision pourrait entraîner de nouvelles complications logistiques et financières.








