Gazole : pourquoi 300 stations-service risquent de disparaître d’ici la fin de l’année

Les petits distributeurs dénoncent les conditions de la baisse du prix du gazole.

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Gazole : pourquoi 300 stations-service risquent de disparaître d'ici la fin de l'année - Crédit : Sipa Press | Econostrum.info

La baisse du prix du gazole, attendue avec la libération des stocks stratégiques de l’État, ne fait pas que des heureux. Si les automobilistes profitent progressivement de tarifs plus avantageux dans les grandes enseignes, les petites stations-service indépendantes rencontrent davantage de difficultés. Leurs représentants alertent sur les conséquences de cette situation pour le réseau rural français.

Chaque année, entre 50 et 80 stations indépendantes mettent déjà la clé sous la porte. Mais les prochains mois pourraient accélérer le phénomène, avec plusieurs centaines de fermetures supplémentaires redoutées par la profession.

Les petites stations-service pénalisées par le décalage des baisses de prix

Le problème vient principalement des conditions d’approvisionnement en gazole issu des stocks stratégiques. Le gouvernement a décidé de la libération de 10 millions de barils pour permettre une baisse de 12 à 18 centimes par litre entre novembre 2026 et janvier 2027. Mais les grands distributeurs ont pu anticiper cette réduction avant même de recevoir physiquement les nouveaux volumes.

TotalEnergies a ainsi fixé le litre de diesel à 2,15 euros dans 705 stations Access dès le 31 octobre. Leclerc a ensuite annoncé une réduction de 21 centimes par litre dans ses 742 stations à partir du 1er novembre. Les stations indépendantes, elles, doivent attendre leur approvisionnement auprès des fournisseurs pour répercuter l’avantage tarifaire.

Sur RMC, Stéphane Decome, vice-président de la branche stations-service de Mobilians, dénonce ce décalage : « On nous avait promis un déclenchement des stocks stratégiques en priorisant les stations plutôt rurales, indépendantes. Cependant, dans les faits, ça ne se produit pas, on peut considérer qu’on sera encore les derniers à bénéficier de ce produit détaxé ».

Selon lui, certaines petites stations ne pourront commencer à baisser leurs tarifs que trois jours après les premières stations Total Access. Entre-temps, elles risquent de perdre des clients attirés par les prix plus compétitifs des grandes enseignes. Francis Pousse, président national des distributeurs de carburants et d’énergies nouvelles chez Mobilians, dénonce également cette situation sur Franceinfo. Il estime que le nombre annuel de fermetures pourrait être « multiplié par deux ou par trois en 2026 ».

Jusqu’à 300 fermetures redoutées en un an, les petites stations réclament une aide

L’alerte est particulièrement sérieuse pour les stations situées dans les communes rurales, où elles constituent parfois le seul point de distribution de carburant à proximité. Stéphane Decome évoque la disparition possible de «250 à 300 stations-service» indépendantes en France «d’ici un an». Une perspective qui s’ajoute à une situation économique déjà dégradée.

Les professionnels font état d’une baisse de leurs volumes de vente comprise entre 20 et 40 %. Avec des tarifs plus élevés que ceux des grandes enseignes, les indépendants voient une partie de leur clientèle se tourner vers les stations des supermarchés et des grands groupes pétroliers. Or, leurs marges et leur trésorerie ne leur permettent pas toujours de s’aligner rapidement.

Le gouvernement a pourtant prévu un dispositif de soutien pour les petites stations indépendantes situées en zone rurale et celles des départements d’outre-mer. L’État prend en charge les intérêts d’un prêt de trésorerie pouvant atteindre 5 000 euros par station. Pour en bénéficier, les exploitants doivent souscrire leur emprunt entre le 20 octobre et le 20 novembre 2026. Les stations concernées doivent notamment distribuer moins de 1 200 mètres cubes de carburant par an.

Mais cette aide ne convainc pas les représentants du secteur. Elle permet de soulager temporairement la trésorerie, sans apporter directement les fonds nécessaires pour réduire les prix à la pompe. « Ce qu’on demandait, c’était une subvention qui était destinée à permettre de baisser les marges tout de suite », rappelle Francis Pousse.

Le représentant de Mobilians doit rencontrer le gouvernement à Bercy le mardi 3 novembre pour demander une accélération de la mise à disposition des stocks stratégiques auprès des petits fournisseurs. « Ça suffit de subir, il faut vraiment des actes», exhorte-t-il.

Au-delà du prix payé par les automobilistes, les professionnels alertent donc sur un autre enjeu : la préservation du réseau de proximité. La disparition de plusieurs centaines de stations pourrait compliquer l’accès au carburant dans les territoires où les grandes enseignes sont peu présentes.

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