Depuis le début de l’année, les faillites de stations indépendantes ont été multipliées par cinq, alors que les prix du carburant atteignent des niveaux particulièrement élevés. Dans les zones rurales, où ces établissements assurent souvent un service de proximité essentiel, la situation devient difficilement tenable.
La hausse des cours pétroliers s’est directement répercutée sur les professionnels. Au 25 septembre, le gazole se vendait en moyenne 2,397 euros le litre en France, contre 2,170 euros pour le SP95-E10 et 2,278 euros pour le SP98, selon des relevés portant sur plusieurs milliers de stations. Le gazole avait notamment augmenté de 21 centimes entre le 7 août et le 25 septembre.
Dans ce contexte, les stations indépendantes disposent de peu de marge de manœuvre. En Ardèche, le pompiste-garagiste Sébastien Contremine a ainsi fermé ses pompes après avoir vu sa marge tomber à seulement 5 centimes par litre. « C’est pas rentable du tout, c’est pas rentable. Il y a trop de concurrence, il y a trop de hausse de tarifs. C’est plus possible aussi bien pour les particuliers que les professionnels », expliquait-il dans un reportage de RMC/BFMTV consacré aux difficultés des petites stations.
Un autre professionnel, Guillaume Tassié, installé dans la Drôme, explique avoir vu le prix du carburant augmenter de 30 centimes par litre. Ses commandes ont été divisées par deux. Il achète désormais 5 000 litres de gazole et 3 000 litres de SP95, contre respectivement 10 000 et 6 000 litres auparavant. Sa marge est également passée de 10 à 7 centimes par litre.
Le problème ne vient pas, cependant, uniquement de la hausse des cours. Les petits distributeurs doivent aussi composer avec les prix pratiqués par les grands réseaux.
Le plafond de TotalEnergies accentue l’écart avec les indépendants
Rappelons que TotalEnergies a rétabli, le 22 juillet dernier, le plafond de 1,99 euro par litre pour l’essence et de 2,25 euros pour le diesel dans ses stations de France hexagonale, après la reprise des tensions au Moyen-Orient.
Cette politique attire mécaniquement une partie des automobilistes vers le réseau du groupe. En septembre, la Fédération française des combustibles, carburants et chauffage, qui représente environ 1 000 stations indépendantes, a dénoncé la situation et saisi l’Autorité de la concurrence en invoquant notamment une concurrence déloyale et un abus de position dominante.
Les conséquences sont déjà visibles sur le terrain. Près de Lyon, un exploitant d’une station Esso évoque une perte de 40 % de sa clientèle, avec la perspective de supprimer un emploi. En Ardèche, Sébastien Contremine a choisi de conserver uniquement son activité de garage après la fermeture des pompes, selon RMC/BFMTV.
Pour les automobilistes, la disparition de ces stations peut aussi modifier concrètement les habitudes. Dans certaines communes rurales, elles sont parfois les seuls points de ravitaillement à plusieurs kilomètres. Leur fermeture peut, ainsi, obliger les habitants à parcourir davantage de distance pour faire le plein, alors même que le coût du carburant reste très élevé.
Néanmoins, la situation ne correspond pas à une pénurie nationale. Mi-septembre, la ministre déléguée à l’Énergie indiquait que 90 % des stations ne rencontraient aucune difficulté d’approvisionnement. Les problèmes actuels concernent surtout les prix, les écarts entre réseaux ainsi que la fragilité économique de certains exploitants.
Ce constat s’inscrit dans un contexte plus large de défaillances d’entreprises toujours élevées : la Banque de France recensait 70 605 défaillances cumulées sur douze mois à fin juillet 2026. Ce chiffre concerne l’ensemble de l’économie et ne doit donc pas être assimilé aux seules stations-service.








