La facture de carburant pèse davantage sur certains foyers. Une étude de l’Insee, publiée ce mois de septembre, montre que les ménages ruraux sont particulièrement exposés à la hausse des prix à la pompe. Ils parcourent davantage de kilomètres en voiture et disposent souvent de revenus plus faibles.
L’étude porte sur les ménages de France hors Mayotte possédant au moins une voiture en 2021, vivant dans un logement ordinaire et disposant d’un revenu disponible positif. Elle s’appuie essentiellement sur les données de l’Insee et du Service des données et études statistiques (SDES).
Plus de 2 millions de ménages déjà fortement exposés
En 2021, 21,2 millions de ménages, soit près de trois ménages sur quatre, possédaient au moins une voiture. Parmi eux, 2 238 849 ménages, soit 10,6 %, ont consacré plus d’un mois de leurs revenus disponibles annuels à l’achat de carburant. L’Insee les considère comme particulièrement exposés à une hausse des prix à la pompe.
La différence avec l’ensemble des ménages véhiculés est importante. La dépense annuelle médiane en carburant atteignait 2 698 euros chez les ménages particulièrement exposés, contre 1 377 euros pour l’ensemble des foyers propriétaires d’une voiture. Leur niveau de vie médian était également inférieur : 16 237 euros, contre 24 219 euros. Le taux de pauvreté atteignait 37,8 % dans le premier groupe, contre 10,1 % chez l’ensemble des ménages avec voiture.
Les distances parcourues expliquent aussi une partie de cet écart. La moitié des ménages particulièrement exposés parcourait plus de 27 458 kilomètres par an, contre 14 506 kilomètres pour l’ensemble des ménages véhiculés. Les déplacements représentent donc presque le double, alors même que les revenus disponibles sont plus faibles.
Cette situation est particulièrement visible dans les territoires ruraux. En 2021, 13,5 % des ménages avec voiture étaient particulièrement exposés dans les intercommunalités rurales, contre 9 % dans les intercommunalités urbaines. Dans le rural non périurbain, éloigné de l’influence des agglomérations, la proportion atteignait même 16,7 %, soit environ un ménage véhiculé sur six.
La hausse des prix peut faire exploser le nombre de ménages concernés
La dépendance à la voiture constitue un facteur déterminant. Près de 90 % des actifs ruraux utilisent leur véhicule pour aller travailler, contre moins de 60 % dans les pôles urbains. Les trajets domicile-travail représentent d’ailleurs plus de 40 % des distances parcourues en voiture par les personnes en emploi. L’éloignement des commerces, des services et des transports collectifs peut également augmenter les kilomètres parcourus.
L’Insee estime ainsi qu’une amélioration de l’accès aux transports collectifs pourrait réduire les déplacements automobiles. Dans une intercommunalité, une hausse de 10 points de la part de la population vivant à moins de dix minutes à pied d’une station de transports en commun est associée à une baisse d’environ 420 kilomètres par an et par ménage de la distance parcourue en voiture.
Le niveau des prix joue, lui aussi, directement sur l’exposition des ménages. Au printemps 2026, le gazole était environ 40 % plus cher qu’en 2021 et l’essence environ 20 % plus chère. L’Insee a simulé ce qui se serait produit si ces niveaux avaient été appliqués dès 2021, sans changement de revenus ni de comportement. Avec un gazole à 2,20 euros le litre, contre 1,43 euro en 2021, et une essence à 2 euros, contre 1,55 euro, 4,7 millions de ménages, soit 22,4 % des ménages avec voiture, auraient consacré plus d’un mois de leurs revenus au carburant.
Cette simulation ne constitue pas une mesure des dépenses réellement supportées par les ménages en 2026. Elle montre l’effet mécanique qu’aurait eu le niveau de prix observé au printemps sur les comportements et les revenus de 2021. Selon l’Insee, les territoires les plus exposés sont, néanmoins, restés globalement les mêmes, avec une pression particulièrement forte dans les zones rurales et périurbaines dépendantes de la voiture.








