Alors que la France connaît des épisodes de fortes chaleurs de plus en plus fréquents, le gouvernement ouvre la porte à une réflexion sur l’organisation du travail. Invité de Franceinfo, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a évoqué la nécessité d’adapter les horaires professionnels face aux canicules, en s’inspirant notamment de certains modèles étrangers, dont l’Espagne. Une prise de position qui intervient dans un contexte de renforcement des contrôles de l’inspection du travail et de premières sanctions contre des entreprises jugées insuffisamment protectrices.
Le ministre a rappelé l’existence d’un décret encadrant les obligations des employeurs en cas de fortes chaleurs, incluant notamment l’adaptation des horaires, l’hydratation des salariés et l’organisation de pauses régulières. Selon lui, ces mesures sont globalement appliquées, même si des manquements persistent dans certains secteurs exposés.
Des contrôles renforcés et des entreprises mises en demeure
Dans le détail, l’inspection du travail a réalisé environ 2 600 contrôles depuis le 22 mai, selon les chiffres communiqués par le ministère du Travail. Ces vérifications ont donné lieu à 227 mises en demeure, visant des entreprises ne respectant pas pleinement les obligations prévues par le décret canicule.
Pour le gouvernement, ces contrôles illustrent à la fois la montée en puissance du dispositif et la difficulté d’appliquer des règles uniformes à toutes les situations de travail. Le ministre insiste néanmoins sur la responsabilité des employeurs dans la protection de leurs salariés face aux températures extrêmes.
« J’ai confiance dans les chefs d’entreprise. La grande majorité prend les mesures pour leurs salariés », a déclaré Jean-Pierre Farandou sur Franceinfo, estimant que les entreprises se sont globalement adaptées aux épisodes de chaleur.
Le ministre a également souligné la complexité de fixer un seuil universel d’interruption du travail en cas de canicule. « C’est compliqué, certaines personnes disent 30 degrés, si on arrête la France à 30 degrés je ne vois pas comment on fait. Les sociétés savantes n’arrivent pas à se mettre d’accord sur les températures, il y a l’humidité qui compte aussi », a-t-il expliqué, rappelant que les conditions de travail dépendent aussi de facteurs environnementaux multiples.
Vers une réorganisation du travail face aux canicules répétées
Au-delà des mesures immédiates, le gouvernement souhaite engager une réflexion plus large sur l’organisation du travail pendant les périodes de forte chaleur. Le ministre du Travail a ainsi évoqué une piste inspirée de l’Espagne, où certaines entreprises et administrations adoptent une organisation en journée continue pendant l’été.
« Effectivement, les horaires 9h-18h sont-ils adaptés? On peut en discuter en amont du monde du travail. J’ai proposé aux partenaires sociaux d’engager un grand travail de réflexion », a déclaré Jean-Pierre Farandou, ouvrant la voie à une possible évolution des rythmes professionnels en France.
Dans cette optique, le ministre prévoit un déplacement en Espagne afin d’observer les pratiques mises en place localement. Il cite notamment l’exemple de Madrid, où les organisations de travail sont adaptées aux fortes chaleurs estivales. « A Madrid, à 40 degrés, ça fonctionne », a-t-il affirmé.
En Espagne, certaines entreprises appliquent en effet une organisation spécifique entre juin et septembre, avec des journées concentrées sur la matinée, souvent de 8h à 15h, permettant d’éviter les heures les plus chaudes de l’après-midi.
Cette réflexion intervient alors que les épisodes caniculaires s’intensifient en France, impactant aussi bien les chantiers, les transports que les événements publics. Le ministre a également évoqué la nécessité d’adapter d’autres domaines comme les compétitions sportives, les festivals ou encore les examens scolaires, soulignant que c’est l’ensemble de la société qui pourrait devoir évoluer face à ces nouvelles contraintes climatiques.








