Suppression de l’abattement fiscal des retraités : qui risque vraiment de payer plus d’impôts ?

Le gouvernement étudie la fin d’un avantage fiscal des retraités. Les conséquences pourraient varier selon les revenus.

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Suppression de l’abattement fiscal des retraités : qui risque vraiment de payer plus d’impôts ? Crédit : Canva | Econostrum.info

La suppression de l’abattement fiscal de 10 % dont bénéficient les retraités fait partie des pistes étudiées par le gouvernement dans le cadre du budget 2027. Cette mesure pourrait augmenter l’impôt sur le revenu de certains retraités, mais ses conséquences varieraient fortement selon le niveau de pension et la situation fiscale de chaque foyer.

Mis en place en 1977, cet avantage fiscal permet aujourd’hui aux retraités imposables de déduire automatiquement une partie de leurs pensions lors du calcul de leur revenu soumis à l’impôt. Le gouvernement envisage sa suppression afin de réaliser des économies dans un contexte de déficit public élevé. Selon la Cour des comptes, cet avantage représente une dépense fiscale d’environ 4,5 milliards d’euros en 2023. Une suppression complète pourrait donc augmenter les recettes fiscales de plusieurs milliards d’euros, selon les estimations citées par l’OFCE.

Un avantage fiscal qui réduit le revenu pris en compte par les impôts

L’abattement de 10 % fonctionne automatiquement lors de la déclaration des pensions de retraite. L’administration fiscale ne retient pas la totalité des revenus déclarés, mais applique une réduction avant de calculer l’impôt. Cet avantage est toutefois limité par un minimum et un plafond. Pour les revenus de 2025 déclarés en 2026, l’abattement ne peut pas être inférieur à 454 euros par personne et ne peut pas dépasser 4 439 euros par foyer fiscal.

Concrètement, un retraité qui perçoit 24 000 euros de pension annuelle bénéficie d’une déduction de 2 400 euros. Le revenu retenu pour le calcul de l’impôt est donc ramené à 21 600 euros. La suppression de cet avantage ne signifierait pas une hausse automatique de 10 % de l’impôt. Le montant supplémentaire dépendrait du barème progressif de l’impôt sur le revenu, du nombre de parts fiscales, des autres revenus du foyer et des éventuelles réductions ou crédits d’impôt.

Les retraités déjà non imposables pourraient, dans certains cas, devenir imposables après une suppression de l’abattement. Les ménages dont les revenus sont plus élevés subiraient généralement une hausse plus importante en euros.

Des effets très différents selon le montant des pensions

Pour une pension de 1 200 euros par mois, soit 14 400 euros par an, la suppression de l’abattement ne devrait pas entraîner de hausse d’impôt selon les simulations basées sur le barème estimé pour 2027. Les mécanismes de décote et les seuils d’imposition continueraient à protéger les pensions les plus modestes. Avec une pension de 1 500 euros mensuels, soit 18 000 euros par an, la situation pourrait évoluer. Le retraité pourrait devenir légèrement imposable alors qu’il ne l’était pas avec l’abattement. La hausse estimée resterait limitée, autour de 71 euros par an dans cette simulation.

Pour une pension de 2 000 euros par mois, la différence devient plus visible. Avec l’abattement, l’impôt estimé serait d’environ 646 euros par an, contre 1 029 euros sans avantage fiscal, soit une hausse d’environ 383 euros par an, près de 32 euros par mois. L’écart augmente pour les pensions plus élevées. Avec 3 000 euros par mois, la hausse estimée atteint environ 1 080 euros par an, soit environ 90 euros supplémentaires par mois.

À partir de 4 000 euros mensuels, le plafond de l’abattement joue un effet important. Le retraité ne bénéficie plus d’une réduction équivalente à 10 % de sa pension, mais du plafond fixé à 4 439 euros. Dans la simulation, la hausse d’impôt atteint environ 1 332 euros par an, soit près de 111 euros par mois. Pour une pension de 5 000 euros mensuels, l’écart reste similaire, car le plafond limite déjà l’avantage fiscal. La hausse estimée reste autour de 1 332 euros par an.

Au-delà de la seule question de l’impôt, la disparition de l’abattement pourrait aussi modifier le revenu fiscal de référence (RFR) des retraités. Cet indicateur est utilisé pour déterminer l’accès à certaines aides et le niveau de certains prélèvements sociaux, comme la CSG. Selon les travaux de l’Institut des politiques publiques (IPP), une hausse du RFR pourrait avoir des conséquences sur certaines aides au logement ou prestations calculées à partir des revenus fiscaux. Certains retraités modestes pourraient donc être concernés indirectement, même sans hausse importante de leur impôt sur le revenu.

La réforme, si elle était retenue, aurait donc des effets différents selon les profils : les retraités imposables verraient leur fiscalité évoluer, tandis que certains ménages proches des seuils pourraient aussi être concernés par des changements sur d’autres dispositifs liés aux revenus.

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