Les taux hypothécaires repartent à la hausse en Suisse, dans un contexte pourtant marqué par une inflation très faible. Cette évolution surprend alors que la Banque nationale suisse maintient son taux directeur à 0 %.
En réalité, ce sont les tensions internationales et les mouvements des marchés financiers qui redessinent les conditions de financement. La guerre en Iran et ses répercussions sur les prix de l’énergie s’imposent désormais comme un facteur déterminant pour le marché immobilier helvétique.
Des tensions mondiales qui bousculent les taux suisses
La remontée des taux hypothécaires en Suisse ne découle pas d’un changement de cap de la Banque nationale suisse (BNS). En mars, l’institution a choisi de maintenir son taux directeur à 0 %, dans un environnement où l’inflation reste contenue, avec une hausse de seulement 0,1 % sur un an en février. Malgré cette stabilité apparente, les marchés financiers évoluent dans un climat d’incertitude marqué.
La guerre en Iran joue un rôle central dans cette dynamique. En faisant grimper les prix de l’énergie, elle alimente les anticipations d’inflation à l’échelle mondiale. Ces anticipations influencent directement les taux d’intérêt sur les marchés des capitaux, qui servent de base pour les crédits immobiliers. Résultat, les taux hypothécaires suisses subissent une pression à la hausse, indépendamment de la politique monétaire nationale.
Les fluctuations des obligations fédérales illustrent cette instabilité. Le rendement à dix ans est passé de 0,33 % en début d’année à 0,23 % fin février, avant de remonter à 0,40 % à la fin mars. Cette volatilité se répercute sur les taux « swap », qui servent de référence pour les hypothèques à taux fixe. Les échéances à trois ans ont fortement progressé, passant de 0,14 % à 0,30 %, tandis que les taux à cinq ans sont restés quasi stables et que ceux à dix ans ont légèrement reculé.
Selon Dirk Renkert, expert chez Comparis, la BNS se trouve dans une « situation délicate », relate Watson. À court terme, la pression inflationniste pourrait augmenter en raison de la hausse des prix de l’énergie, alors que le renchérissement devrait rester modéré à moyen terme. Ce contexte plaide pour le maintien d’une politique de taux bas, malgré les tensions externes.
À l’international, les grandes banques centrales font face à des défis similaires. La Banque centrale européenne maintient son taux directeur à 2 %, dans un contexte de risques accrus liés à l’énergie, notamment en Allemagne. Aux États-Unis, la Réserve fédérale conserve un taux compris entre 3,5 % et 3,75 %, tout en faisant face à un ralentissement économique et à une inflation persistante.
Des emprunteurs qui revoient leurs stratégies face à l’incertitude
Face à cette situation, les ménages suisses adaptent leurs choix en matière de financement immobilier. L’incertitude sur l’évolution des taux pousse de plus en plus d’emprunteurs à privilégier des solutions à court terme, afin de limiter les coûts et de conserver une certaine flexibilité.
Les chiffres confirment ce changement de comportement. La part des hypothèques d’une durée maximale de trois ans est passée de 17 % à 27 % en un trimestre. Dans le même temps, les hypothèques Saron, qui reposent sur un taux variable lié au marché monétaire, ont doublé pour atteindre 18 % des nouvelles souscriptions, contre 8 % auparavant.
À l’inverse, les hypothèques à long terme reculent nettement. Les crédits sur dix ans passent de 41 % à 32 % des contrats, tandis que les durées intermédiaires, entre quatre et sept ans, diminuent de 33 % à 28 %. Un phénomène particulier se distingue toutefois, avec une forte progression des durées de huit à neuf ans, passées de 4 % à 18 % en un an.
Les taux indicatifs reflètent ces évolutions. Au 31 mars, une hypothèque fixe sur trois ans s’établit à 1,39 %, contre 1,56 % sur cinq ans et 1,81 % sur dix ans. Les hypothèques Saron se situent entre 0,8 % et 1,2 %. L’élargissement des fourchettes de taux négociés montre également que les marges commerciales se sont légèrement accrues.
Cette tendance traduit une anticipation prudente des acteurs du marché. La hausse des taux à court terme et l’aplatissement de la courbe des taux suggèrent que les marchés s’attendent à des répercussions économiques négatives à court terme. Dans ce contexte, la maîtrise des coûts devient un critère central pour les emprunteurs.
Malgré ces incertitudes, l’économie suisse reste globalement stable, avec une croissance estimée autour de 1 % en 2026. Le secteur des services continue de soutenir l’activité, tandis que les exportations restent pénalisées par la force du franc et les tensions internationales. Dans ce paysage, le marché immobilier apparaît de plus en plus sensible aux chocs extérieurs.








