La crise du logement continue de s’aggraver en Suisse et ne touche plus uniquement les personnes à la recherche d’un appartement. Une partie croissante de la population craint désormais de ne plus pouvoir conserver son logement dans un marché jugé de plus en plus tendu.
Selon une enquête représentative publiée par Comparis, un adulte sur cinq redoute aujourd’hui de perdre son logement à la suite d’une résiliation ou d’un changement de situation professionnelle. Entre pénurie persistante, hausse des loyers et difficultés d’accès au marché locatif, le sujet devient une source d’inquiétude majeure pour de nombreux ménages.
Les jeunes adultes et les habitants des villes sous forte pression
Les résultats de l’enquête menée par Comparis montrent que le sentiment d’insécurité lié au logement progresse dans plusieurs catégories de la population. Un adulte sur cinq affirme craindre actuellement de perdre son logement, un chiffre que Harry Büsser, expert immobilier du comparateur, qualifie de « signal d’alarme ».
L’étude révèle également que plus de la moitié des personnes interrogées considèrent qu’il existe désormais une pénurie généralisée de logements en Suisse. Cette perception apparaît particulièrement marquée en Suisse romande et en Suisse alémanique. Le Tessin semble un peu moins concerné par cette inquiétude à l’échelle nationale.
La pression se ressent surtout dans les centres urbains et chez les jeunes adultes. Au total, 29% des personnes interrogées disent avoir rencontré des difficultés pour trouver ou conserver un logement adapté au cours des deux dernières années.
Dans les villes, cette proportion atteint 32%, contre 25% dans les régions rurales. Les 18 à 35 ans apparaissent comme les plus touchés, avec un taux qui grimpe à 44%.
Pour Harry Büsser, cette évolution montre que la crise du logement dépasse largement les seules personnes souhaitant déménager. Selon lui, lorsque des habitants craignent de perdre leur logement, la question touche aussi à la stabilité personnelle, à la sécurité et à la qualité de vie.
Le marché immobilier suisse devient en effet de plus en plus difficile d’accès pour une partie de la population. Dans plusieurs grandes villes, les logements disponibles se raréfient tandis que les loyers restent élevés. Les jeunes actifs, souvent confrontés à des revenus plus limités au début de leur carrière, figurent parmi les catégories les plus exposées.
Cette tension permanente pousse certains ménages à accepter des logements plus petits, plus éloignés des centres urbains ou plus coûteux qu’ils ne l’auraient envisagé auparavant.
Des logements abordables réclamés, mais des solutions qui divisent
Interrogées sur les solutions possibles, les personnes ayant participé au sondage soutiennent en priorité le développement de logements abordables ainsi que des logements en coopérative, relate Blick. La limitation des loyers et le contrôle des coûts figurent aussi parmi les mesures les plus populaires.
Ces réponses traduisent une critique croissante du fonctionnement actuel du marché immobilier. De nombreux participants estiment que les objectifs de rendement élevés poursuivis par certains investisseurs et propriétaires contribuent à la hausse des prix et à la raréfaction des logements accessibles financièrement.
Harry Büsser rappelle toutefois que ces mesures peuvent soulager certains ménages sans pour autant résoudre durablement le problème de fond. Selon lui, la pénurie persistera tant que le nombre de nouveaux logements construits restera insuffisant dans les régions où la demande est la plus forte.
L’enquête met aussi en lumière un paradoxe important. Certaines mesures considérées comme efficaces pour augmenter rapidement l’offre de logements restent relativement impopulaires auprès de la population. C’est notamment le cas de la densification des quartiers existants ou de l’assouplissement des règles de construction.
Le débat sur les causes de la crise du logement continue également de diviser. D’après le sondage, 40% des personnes interrogées considèrent l’immigration et la croissance démographique comme des facteurs importants de la pénurie actuelle.
Comparis appelle néanmoins à nuancer cette lecture. Harry Büsser souligne que l’immigration ne provoque une pénurie que lorsque l’offre de logements ne progresse pas au même rythme que la population.
Au fil des années, le logement est ainsi devenu un sujet de préoccupation centrale pour une partie des habitants du pays. Cette enquête montre surtout qu’au-delà des loyers élevés, c’est désormais le sentiment de stabilité résidentielle qui semble fragilisé dans plusieurs régions suisses.








