Une solution cachée à la crise du logement ? La Suisse se tourne vers les maisons des baby-boomers

300’000 maisons sous-occupées en Suisse: les autorités ciblent les biens des baby-boomers face à la crise du logement qui persiste.

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Logement
Une solution cachée à la crise du logement ? La Suisse se tourne vers les maisons des baby-boomers : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

Le marché du logement en Suisse fait face à une pression croissante, alimentée par la pénurie de biens et la nécessité de densifier le territoire. Dans ce contexte, un acteur inattendu se retrouve au centre des réflexions, les maisons occupées par la génération des baby-boomers. 

Ces logements, souvent spacieux et situés sur de grandes parcelles, sont aujourd’hui largement sous-occupés. Pour les autorités fédérales, ils représentent à la fois un défi et une opportunité dans un pays en quête de solutions pour loger sa population.

Des centaines de milliers de maisons sous-occupées dans le viseur

La génération des baby-boomers, née entre 1946 et 1964, détient une part importante du parc de maisons individuelles en Suisse. Selon des informations communiquées par l’Office fédéral du logement (OFL) à Blick, environ 300’000 maisons sont aujourd’hui concernées par ce phénomène. Ces habitations, souvent construites pour des familles, sont désormais occupées par une ou deux personnes seulement, ce qui pose la question de leur utilisation dans un contexte de pénurie de logements.

Ces biens présentent plusieurs caractéristiques qui attirent l’attention des autorités. Ils sont fréquemment situés sur de grandes parcelles et offrent une surface habitable importante, mais sont parfois mal adaptés aux besoins actuels de leurs occupants. L’OFL souligne notamment des problèmes d’accessibilité, des coûts d’entretien élevés, un éloignement des services ou encore une desserte insuffisante en transports publics.

Dans ce contexte, la Confédération voit émerger un potentiel encore peu exploité. Le vieillissement de cette population laisse entrevoir un renouvellement progressif des occupants, accompagné de besoins importants en rénovation. Pour les autorités, cette transition pourrait ouvrir la voie à une densification «de qualité et socialement acceptable», en transformant ou en réaménageant ces quartiers de maisons individuelles.

Pour mieux comprendre ce potentiel, une étude d’envergure nationale a été lancée, avec le soutien de l’OFL et la participation de plusieurs acteurs publics et privés, dont le cabinet Wüest Partner. Les cantons de Berne et de Bâle-Campagne, ainsi que des communes comme Burgdorf, Thoune et Binningen, sont impliqués. L’objectif est d’analyser l’état, l’utilisation et les possibilités d’évolution de ces zones résidentielles, avec des résultats attendus d’ici fin 2026.

Entre incitations et résistances, une transition encore incertaine

Derrière ces analyses techniques se cache une question sensible: comment encourager les propriétaires à faire évoluer l’usage de leur bien sans provoquer de rejet ? Pour beaucoup, ces maisons représentent bien plus qu’un actif immobilier. Elles incarnent un projet de vie, parfois construit sur plusieurs décennies, ce qui rend toute intervention politique délicate.

L’idée de mesures contraignantes, comme une limitation de la propriété ou une taxation liée à la surface occupée, semble peu réaliste dans le contexte suisse. Les autorités privilégient donc des approches incitatives, visant à accompagner les propriétaires dans leurs choix plutôt qu’à les contraindre. Cela peut passer par des encouragements à déménager vers des logements plus adaptés, ou par des soutiens à la transformation des biens existants.

Parallèlement, certains signes laissent entrevoir une évolution des comportements. Un rapport récent de l’assureur Helvetia indique que les personnes de 55 ans et plus sont de plus en plus mobiles. Leur part dans l’ensemble des déménagements en Suisse est passée de 9 % à 12 % au cours des dix dernières années. Cette tendance pourrait contribuer, au moins partiellement, à libérer des logements et à fluidifier le marché.

L’OFL insiste également sur le fait que de nombreux quartiers de maisons individuelles ont été conçus dans un contexte très différent de celui d’aujourd’hui. Leur faible densité et leur utilisation limitée de l’espace apparaissent désormais en décalage avec les besoins actuels. Dans certaines zones, notamment en périphérie des centres urbains, des réserves de construction importantes existent, mais restent peu exploitées.

La question du devenir des maisons des baby-boomers s’inscrit ainsi dans une réflexion plus large sur l’aménagement du territoire. Si la Suisse veut répondre à la demande croissante de logements, elle devra probablement repenser l’utilisation de ces espaces. Entre renouvellement générationnel, adaptation des habitations et évolution des attentes, cette transition s’annonce progressive, mais déterminante pour l’avenir du marché immobilier.

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