Le débat sur l’ouverture des magasins le dimanche en Suisse prend une tournure importante avec la dernière prise de position du Conseil fédéral. En effet, le gouvernement a exprimé son soutien à une proposition visant à étendre le nombre de dimanches pendant lesquels les commerces pourront ouvrir, passant de quatre à douze par an.
Cette initiative suscite des réactions divisées, notamment parmi les syndicats et les partis de gauche, qui dénoncent une pression accrue sur les travailleurs et un affaiblissement du principe du repos dominical. Si cette mesure est adoptée, elle pourrait transformer les habitudes de consommation et modifier la dynamique économique de plusieurs cantons suisses.
Un projet d’extension soumis aux cantons
Le Conseil fédéral a validé hier la proposition émanant de la Commission de l’économie et des redevances du Conseil des États, qui fait suite à une initiative déposée par le canton de Zurich en 2023. L’objectif est de permettre une plus grande flexibilité pour les commerces en termes d’ouverture dominicale.
Cette mesure ne serait cependant pas imposée de manière uniforme à l’ensemble de la Suisse. Chaque canton aura la liberté de décider de son application. En fonction des besoins locaux, les cantons pourront définir leurs horaires d’ouverture et ajuster le nombre de dimanches ouverts, sans que l’ensemble du pays ne soit contraint de suivre la même réglementation.
Le projet laisse également aux commerçants la possibilité de choisir, de manière individuelle, les dimanches pendant lesquels ils souhaitent ouvrir. Ces décisions devront être prises en fonction des coûts et des recettes attendues, tout en respectant les cadres définis par chaque canton.
Un point essentiel de cette proposition réside dans le fait que, durant ces ouvertures, les commerçants pourront faire travailler leur personnel sans demander une autorisation préalable, ce qui simplifiera les démarches administratives pour les employeurs. Cependant, les protections légales pour les travailleurs, telles que définies par la loi sur le travail, resteront appliquées, garantissant que les conditions de travail ne soient pas négligées.
Une opposition forte des syndicats et de la gauche
Cette proposition d’extension de l’ouverture dominicale fait réagir vivement les syndicats et certains partis politiques, notamment la gauche. Le syndicat Unia, principal opposant à cette initiative, considère qu’elle ignore les risques pour la santé des employés et les impacts négatifs qu’elle pourrait avoir sur leur bien-être.
En effet, selon Unia, une telle mesure risquerait de précariser encore davantage la vie des travailleurs, qui verraient leur équilibre entre vie professionnelle et vie privée de plus en plus compromis. Le syndicat a d’ailleurs récolté plus de 9 000 signatures pour une pétition contre cette extension, signée par de nombreux employés du secteur.
La gauche, quant à elle, dénonce ce qu’elle considère comme une « attaque inacceptable » contre la protection des salariés. Le Parti socialiste s’inquiète de l’impact que cette mesure pourrait avoir sur la conciliation de la vie personnelle et professionnelle des travailleurs.
Samuel Bendahan, conseiller national du PS, a vivement critiqué la proposition en soulignant qu’elle mettrait une pression excessive sur les petits commerçants. Selon lui, ces nouvelles ouvertures dominicales ne profiteraient en rien aux petites entreprises, qui risqueraient de voir leurs marges se réduire encore davantage, sans obtenir de réels avantages en retour, rapporte 20Min.
Ce débat sur les ouvertures dominicales n’est pas nouveau en Suisse. Il a fait parler de lui lors d’un référendum organisé à Genève à l’automne 2025. Le canton avait été contraint d’annuler le scrutin suite à un arrêt du Tribunal fédéral, qui avait invalidé la décision de permettre l’ouverture des commerces le dimanche 22 décembre. Ce précédent souligne à quel point la question des ouvertures dominicales est complexe et sensible, tant sur le plan juridique que social.








