Les recettes fiscales tirées des bénéfices des entreprises ont pris une ampleur spectaculaire en Suisse. En 35 ans, elles sont passées d’environ 2 milliards à 17,4 milliards de francs, soit presque neuf fois plus.
Leur progression est devenue telle que la Confédération vient encore de revoir ses prévisions à la hausse pour les prochaines années. Mais derrière cette manne se cache une forte dépendance à une poignée de très grandes entreprises.
De 2 à 17,4 milliards de francs en 35 ans
L’évolution est impressionnante. En 1990, l’impôt fédéral sur le bénéfice des entreprises rapportait encore environ 2 milliards de francs à Berne. En 2025, les recettes ont atteint quelque 17,4 milliards, selon la première extrapolation des finances fédérales publiée par le Département fédéral des finances,.
Les sociétés contribuent désormais davantage à l’impôt fédéral direct que les particuliers. Sur les 32,1 milliards de francs encaissés en 2025 au titre de l’impôt fédéral direct et de l’impôt complémentaire, 54 % provenaient de l’impôt sur le bénéfice et 46 % de l’impôt sur le revenu.
L’année dernière a encore accéléré le mouvement. Les recettes provenant des bénéfices des personnes morales ont augmenté d’environ 1,8 milliard de francs.
Une partie de cette progression s’explique par des rentrées exceptionnelles en provenance de Genève. Mais même en retirant cet effet particulier, les recettes liées aux bénéfices des entreprises ont fortement augmenté.
La tendance a surpris jusqu’aux spécialistes des finances fédérales. Le Département fédéral des finances aurait ainsi relevé de 1,8 à 2 milliards de francs ses prévisions de recettes pour les prochaines années.
Un supplément presque équivalent aux économies obtenues après les longs débats politiques autour du programme d’allègement budgétaire de la Confédération. Selon l’Administration fédérale des finances, les recettes totales de la Confédération ont atteint 87,8 milliards de francs en 2025, en hausse de 5,8 % sur un an.
Une poignée de groupes génèrent une grande partie de la manne
Cette progression ne signifie pas que toutes les entreprises suisses versent soudainement des sommes gigantesques à Berne.
Selon les informations de l’Administration fédérale des contributions rapportées par 20Minutes, seulement 100 à 200 sociétés joueraient un rôle réellement déterminant dans l’évolution de l’impôt sur le bénéfice. L’immense majorité des PME ne représente donc qu’une fraction de ces milliards.
Les hausses les plus importantes se concentrent actuellement dans quelques cantons, notamment Genève, Bâle-Ville, Lucerne et Zurich.
Genève a bénéficié ces dernières années des profits élevés réalisés par les négociants en matières premières et en énergie. La Confédération a d’ailleurs attribué une grande partie de la hausse exceptionnelle de 2025 à des recettes supplémentaires provenant du canton.
À Bâle, l’industrie pharmaceutique joue un rôle majeur. Lucerne profite également de la présence de groupes internationaux importants. Le laboratoire américain MSD a par exemple déclaré avoir payé 1,8 milliard de francs d’impôts en Suisse.
Cette concentration explique pourquoi quelques grandes entreprises peuvent faire bouger les finances fédérales de plusieurs centaines de millions, voire de milliards de francs d’une année à l’autre.
Une bonne nouvelle qui comporte aussi un risque
Ces recettes constituent évidemment une excellente nouvelle pour les finances de la Confédération.
Elles arrivent à un moment où Berne cherche à dégager de nouvelles marges de manœuvre pour financer plusieurs dépenses importantes, notamment dans le domaine de la défense.
Mais cette manne n’est pas totalement garantie. La forte concentration des recettes signifie que les finances publiques deviennent sensibles aux performances d’un nombre relativement restreint de multinationales. Une chute des bénéfices de quelques grands groupes, une restructuration ou le déplacement de certaines activités hors de Suisse pourrait rapidement faire reculer les rentrées fiscales.
La hausse actuelle témoigne néanmoins de l’attractivité persistante de la Suisse auprès des entreprises internationales. Malgré l’introduction de nouvelles règles fiscales internationales, de nombreux groupes continuent d’y concentrer des activités et des bénéfices.
Pour Berne, la question devient donc presque paradoxale : faut-il utiliser ces milliards supplémentaires pour augmenter les dépenses ou rester prudent face à des recettes qui peuvent fluctuer fortement ?
Après avoir été multiplié par près de neuf en 35 ans, l’impôt sur le bénéfice est en tout cas devenu l’un des piliers les plus importants des finances fédérales.








