Pour une partie des coursiers de Just Eat, continuer à livrer pourrait bientôt signifier changer de statut. La plateforme a annoncé jeudi 22 octobre une réorganisation de ses activités en Suisse. Elle entend recourir davantage à des indépendants et à des partenaires logistiques externes, tout en conservant des salariés dans son dispositif.
L’entreprise emploie actuellement quelque 700 coursiers dans le pays. Plusieurs centaines de ces postes pourraient disparaître, a indiqué son directeur suisse, Lukas Streich, dans un entretien au Tages-Anzeiger.
Des commandes qui débordent les heures de repas
Pour expliquer ce changement, Just Eat met en avant l’évolution des habitudes de consommation et une concurrence croissante. Les commandes arrivent désormais tout au long de la journée, avec des besoins de livraison qui dépassent les créneaux du déjeuner et du dîner.
Lukas Streich cite notamment un hamburger commandé à deux heures du matin ou une pâtisserie dans l’après-midi. À ses yeux, une organisation reposant sur des coursiers salariés dont les horaires sont planifiés deux semaines à l’avance ne permet pas de répondre à cette demande avec suffisamment de souplesse. Il présente cette réorganisation comme une adaptation aux attentes des clients.
Le groupe mise donc sur un modèle dit « hybride », dans lequel cohabiteront plusieurs formes de collaboration. La part accordée à chacune dépendra de la région.
En Suisse romande, les coursiers resteront salariés
Comme le rapporte la RTS, Just Eat souhaite faire davantage appel aux indépendants à Zurich, Berne, Bâle et Winterthour, ainsi qu’en Suisse orientale. C’est dans ces territoires que le changement de statut doit prendre davantage de place dans les livraisons.
Au Tessin, l’entreprise travaille principalement avec le partenaire logistique On Duty. En Suisse romande, les coursiers conserveront en revanche leur statut de salariés, conformément à une décision de justice.
Unia dénonce une « indépendance fictive »
L’annonce a immédiatement fait réagir Unia. Le syndicat reproche à Just Eat de vouloir reprendre le modèle d’Uber Eats, qu’il dénonce comme illégal. Il estime que les livreurs présentés comme indépendants restent, dans les faits, dépendants de la plateforme.
Son argument porte sur l’organisation même du travail : les coursiers sont intégrés au fonctionnement de l’entreprise et ne seraient donc pas de véritables indépendants. Unia dénonce une « indépendance fictive » et accuse les autorités de tolérer des pratiques qui favorisent l’exploitation des livreuses et livreurs.
La direction défend, elle, la nécessité d’adapter ses capacités de livraison. Dans son entretien au Tages-Anzeiger, Lukas Streich rejette l’accusation selon laquelle l’entreprise transférerait son risque entrepreneurial aux coursiers.
Un plan social prévu pour les personnes concernées
Une procédure de consultation est actuellement en cours. Elle doit précéder la fixation du nombre exact de suppressions de postes, attendu dans environ deux semaines, d’après le directeur suisse.
Lukas Streich annonce également un plan social pour les salariés concernés. Il précise que les personnes qui perdraient leur emploi auraient la possibilité de proposer ensuite leurs services comme indépendants.
Certains coursiers pourraient ainsi continuer à effectuer des livraisons pour Just Eat après la fin de leur contrat salarié. La consultation doit permettre aux salariés de s’exprimer sur le projet avant que les suppressions de postes soient arrêtées.








