Cette arrivée ouvre une nouvelle page pour le transport ferroviaire helvétique. Elle intervient alors que la Suisse débat d’une possible ouverture accrue de son marché ferroviaire dans le cadre des accords bilatéraux III.
Entre nouvelles offres à bas prix, concurrence accrue et questions sur le financement des infrastructures, l’arrivée de nouveaux opérateurs pourrait profondément modifier le paysage du rail suisse.
Un trajet Milan-Bruxelles avec quatre arrêts en Suisse
La liaison proposée par European Sleeper permettra pour la première fois de relier directement Milan et Bruxelles en train de nuit. Le convoi fera quatre arrêts sur le territoire suisse : Lugano, Bellinzone, Arth-Goldau et Aarau.
Depuis Lugano, le départ est prévu à 18h44, avec une arrivée à Bruxelles le lendemain à 11h42.
Le tarif d’appel est fixé à 49,99 euros, soit environ 47 francs, pour une place assise. Les voyageurs souhaitant davantage de confort pourront choisir différentes options.
Une place dans un compartiment-couchette de trois personnes coûtera environ 129,99 euros, tandis qu’un lit plus spacieux avec petit-déjeuner sera proposé à 169,99 euros. La compagnie prévoit également une possibilité de réserver un compartiment réservé uniquement aux femmes.
Les CFF ont relayé cette nouvelle offre sur leur plateforme, même si le trajet n’apparaît pas pour les voyages effectués uniquement à l’intérieur de la Suisse.
Vers une nouvelle concurrence sur les rails suisses ?
L’arrivée d’European Sleeper intervient dans un contexte de transformation du transport ferroviaire européen.
Aujourd’hui, les opérateurs étrangers souhaitant circuler en Suisse doivent encore collaborer avec une entreprise ferroviaire suisse. Dans le cas d’European Sleeper, une société suisse partenaire a été créée afin de respecter ce cadre.
Mais cette situation pourrait évoluer. Avec une éventuelle adoption des accords bilatéraux III, le marché ferroviaire suisse pourrait progressivement s’ouvrir davantage aux compagnies européennes. Les opérateurs de l’Union européenne pourraient alors exploiter leurs propres lignes vers et à travers la Suisse sans forcément passer par un partenaire local.
Cette évolution pourrait attirer de nouveaux acteurs. La compagnie à bas coûts Flixtrain a notamment déjà manifesté son intérêt pour une liaison entre Zurich et Munich, selon des informations relayées par Blick.
Pour les voyageurs, cette ouverture pourrait signifier davantage de choix et une pression à la baisse sur les prix. Certains craignent toutefois une véritable guerre tarifaire sur les lignes internationales.
Les infrastructures suisses face au défi de l’ouverture
L’arrivée de nouveaux opérateurs soulève également plusieurs questions. Le réseau ferroviaire suisse est déjà fortement utilisé. L’Office fédéral des transports souligne que toute ouverture devra préserver le système cadencé actuel afin d’éviter des perturbations dans les horaires.
La question du financement des infrastructures reste également centrale. Les entreprises ferroviaires paient des prix de sillon pour utiliser le réseau, mais ces montants ne couvrent pas entièrement les coûts réels d’entretien des voies.
Certains observateurs craignent qu’une concurrence accrue ne fragilise le financement à long terme du réseau suisse, notamment pour des infrastructures majeures comme la NLFA (Nouvelle ligne ferroviaire à travers les Alpes), dont le coût total a atteint environ 23 milliards de francs.
Les questions de responsabilité en cas d’accident devront aussi être clarifiées. Pour l’instant, la responsabilité repose notamment sur la société suisse liée à l’exploitation d’European Sleeper, avec une couverture d’assurance minimale prévue.
Les CFF préparent aussi leur offensive internationale
Les compagnies privées ne sont pas les seules à vouloir développer les liaisons internationales. Les CFF prévoient également de tester une nouvelle connexion directe entre Bâle et Bruxelles dès juillet 2027, en collaboration avec la SNCF française et la SNCB belge.
Dans un premier temps, cette liaison devrait fonctionner tous les trois jours. Entre les trains de nuit privés, les projets des opérateurs historiques et une possible ouverture du marché, le rail suisse pourrait donc entrer dans une nouvelle phase.
Pour les voyageurs, la promesse est séduisante. Plus de destinations, plus de concurrence et potentiellement des prix plus accessibles. Mais pour la Suisse, le défi sera de trouver l’équilibre entre ouverture du marché et protection d’un réseau ferroviaire considéré comme l’un des plus performants au monde.








