Prendre l’avion depuis la Suisse peut coûter beaucoup plus cher selon la ligne choisie. Une analyse révèle que les tarifs du groupe Lufthansa grimpent fortement lorsque la concurrence disparaît.
Sur certaines liaisons au départ de Genève et Zurich, les passagers paieraient ainsi des prix nettement supérieurs aux trajets où plusieurs compagnies s’affrontent. Une situation qui relance les questions autour de la position dominante du géant allemand.
Les lignes sans concurrence affichent des prix plus élevés
Swiss est devenue une véritable locomotive financière pour le groupe Lufthansa. La compagnie suisse affiche une marge bénéficiaire supérieure à celle des autres transporteurs du groupe.
Cette performance s’expliquerait notamment par certaines liaisons où Lufthansa et ses filiales disposent d’une position très forte, avec peu ou pas de concurrence directe. Sur ces lignes, les passagers doivent parfois payer nettement plus cher pour un même type de trajet.
Un exemple cité par 20Minutes, concerne la liaison entre Vienne et Zurich. Un billet en classe économique avec Austrian Airlines, filiale de Lufthansa, peut atteindre 945 francs sur certains jours. Ce tarif dépasse même celui d’un vol long-courrier de dix heures vers Bangkok dans la même catégorie.
Selon une analyse de la Handelszeitung rapportée par par Bilanz, Austrian facture en moyenne 440 francs cette liaison, qu’elle exploite seule depuis cet été.
À l’inverse, sur des trajets où plusieurs compagnies sont présentes, les prix diminuent davantage. Sur Zurich-Rome, Swiss, ITA Airways et Easyjet se partagent la ligne. Les filiales de Lufthansa affichent un tarif moyen de 162 francs, tandis qu’Easyjet propose environ 62 francs selon l’échantillon étudié.
90 lignes exploitées sans concurrent direct par Lufthansa
Le groupe Lufthansa exploiterait environ 90 lignes en situation de monopole au départ ou à destination de la Suisse. D’après un tableau confidentiel consulté par la Handelszeitung, les vols sans concurrence directe seraient en moyenne 31 % plus chers.
La situation est particulièrement marquée à Zurich, où Lufthansa contrôle environ 63 % des créneaux de décollage et d’atterrissage. À Genève, sa position est beaucoup moins dominante avec 13 % des créneaux, tandis qu’Easyjet dispose d’environ un quart des capacités.
Cette différence de concurrence aurait un impact direct sur les prix proposés aux voyageurs. Là où plusieurs compagnies se disputent les passagers, les tarifs du groupe Lufthansa seraient généralement plus contenus.
Cette situation explique aussi les inquiétudes autour d’un éventuel affaiblissement d’Easyjet, qui joue un rôle important dans la pression concurrentielle sur plusieurs lignes européennes au départ de la Suisse.
Les autorités limitées face aux pratiques tarifaires
Malgré ces différences de prix, les autorités suisses disposent de moyens limités pour intervenir. La Commission de la concurrence et le Surveillant des prix renvoient notamment aux règles européennes, les accords bilatéraux limitant leurs possibilités d’action sur de nombreuses liaisons internationales.
Interrogé sur ces accusations, Lufthansa rejette tout abus de position dominante. Le groupe affirme que le prix d’un billet dépend de nombreux paramètres, comme la demande, la saison, les coûts du carburant ou encore les dépenses liées à l’exploitation des vols.
La compagnie indique également réaliser environ 10 euros de bénéfice par passager, soit une marge d’environ 5,5 %.
De son côté, Swiss assure appliquer une politique tarifaire basée sur un rapport entre prix et qualité de service. La compagnie rappelle que les tarifs évoluent principalement selon l’offre et la demande et qu’ils tiennent compte des coûts croissants auxquels le secteur aérien est confronté.
Pour les voyageurs, une conclusion s’impose toutefois : sur certaines lignes, le choix de la compagnie peut avoir un impact majeur sur le prix final du billet.








