La politique pharmaceutique de Trump pourrait coûter 194,5 milliards de francs à la Suisse

La politique pharmaceutique de Donald Trump inquiète fortement l’industrie suisse. Une étude chiffre les pertes potentielles à près de 200 milliards de francs et alerte sur un possible ralentissement de l’arrivée de nouveaux médicaments.

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La politique pharmaceutique de Trump pourrait coûter 194,5 milliards de francs à la Suisse : Crédit : Shutterstock | Econostrum.info - Suisse

La stratégie pharmaceutique américaine fait planer une lourde menace sur l’industrie suisse. Une étude estime que les mesures envisagées par l’administration Trump pourraient entraîner jusqu’à 194,5 milliards de francs de pertes de valeur ajoutée pour la Suisse d’ici 2040. 

Au-delà de l’impact économique, les chercheurs alertent aussi sur un risque concret pour les patients. Certains nouveaux médicaments pourraient ne jamais arriver sur le marché helvétique. La pression américaine pourrait ainsi modifier durablement les équilibres d’un secteur essentiel pour l’économie suisse.

Un scénario qui pourrait coûter près de 200 milliards à l’économie suisse

L’étude réalisée par l’institut BAK Economics à la demande d’Interpharma analyse les conséquences possibles de la politique pharmaceutique américaine sur la Suisse. Elle prend notamment en compte deux évolutions majeures : une relocalisation des capacités de production vers les États-Unis et une nouvelle approche tarifaire voulue par Washington.

Les chercheurs ont comparé un scénario de référence avec trois scénarios alternatifs, allant d’un impact limité à une véritable rupture structurelle.

Dans l’hypothèse la plus défavorable étudiée, la perte cumulée de valeur ajoutée brute atteindrait 194,5 milliards de francs entre 2025 et 2040. Cela représenterait environ 22,4 % de la performance économique annuelle actuelle de la Suisse.

Même dans des scénarios moins sévères, les conséquences resteraient importantes, avec des pertes estimées à 27 milliards ou 77,7 milliards de francs.

Les auteurs précisent toutefois que ce scénario de rupture ne correspond pas au pire scénario imaginable, mais qu’il illustre les risques liés à une transformation profonde du secteur.

Le problème ne vient pas seulement des prix américains

Au cœur des inquiétudes figure le principe de la « nation la plus favorisée » (NPF) défendu par les États-Unis. Cette approche vise à rapprocher les prix des médicaments américains de ceux pratiqués dans d’autres pays développés.

Mais selon l’étude, le principal danger pour la Suisse ne serait pas uniquement une baisse directe des prix aux États-Unis.

L’effet indirect pourrait être beaucoup plus important. Pour compenser une diminution de leurs revenus sur le marché américain, les entreprises pharmaceutiques pourraient ralentir leurs investissements ou revoir leurs stratégies de commercialisation dans d’autres pays.

Cela pourrait notamment conduire à retarder la sortie de certains traitements ou à renoncer à leur introduction sur certains marchés.

Dans le scénario de rupture structurelle, environ deux tiers des pertes économiques seraient justement liés à cet effet indirect.

Des premiers signes apparaissent déjà pour les nouveaux médicaments

Selon Interpharma, les conséquences de cette incertitude commencent déjà à se faire sentir en Suisse.

Une enquête réalisée auprès des membres de l’association montre qu’entre janvier 2025 et juin 2026, sept des 22 nouveaux médicaments innovants n’ont pas fait l’objet d’une demande d’inscription sur la liste des spécialités. Ces traitements ne sont donc pas encore disponibles pour les patients suisses via le système habituel de remboursement.

Cela représente environ un tiers des nouveaux médicaments concernés sur cette période.

L’étude souligne que la Suisse est particulièrement exposée en raison de l’importance stratégique du marché américain pour son industrie pharmaceutique. En 2025, les États-Unis représentaient 29,3 % des exportations pharmaceutiques suisses.

Dans son analyse publiée à la demande d’Interpharma, l’institut BAK Economics estime ainsi que les décisions prises outre-Atlantique pourraient avoir des conséquences bien au-delà des frontières américaines.

Pour la Suisse, l’enjeu dépasse donc la seule question commerciale. Il touche à la compétitivité d’un secteur majeur de son économie et à l’accès futur des patients aux traitements innovants.

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