La Suisse pourrait un jour retrouver des taux d’intérêt négatifs. Petra Tschudin, membre de la direction générale de la Banque nationale suisse, assure que cette possibilité reste pleinement disponible si la stabilité des prix l’exige.
Pour l’heure, la BNS conserve pourtant son taux directeur à 0 % et l’inflation demeure contenue. Mais face aux nombreuses incertitudes économiques, l’institution ne veut fermer aucune porte.
La BNS pourrait faire repasser son taux sous zéro
Après le retour du taux directeur à 0 %, une nouvelle baisse ferait mécaniquement entrer la Suisse en territoire négatif. Un scénario que Petra Tschudin refuse d’écarter.
L’objectif de la BNS reste de maintenir l’inflation dans la zone qu’elle considère comme compatible avec la stabilité des prix, soit entre 0 et 2 % à moyen terme. Si des taux négatifs devenaient nécessaires pour y parvenir, l’institution serait prête à les utiliser.
La Suisse connaît déjà bien cet outil. Pendant plusieurs années, la BNS avait appliqué des taux négatifs, notamment pour réduire l’attractivité du franc et limiter les pressions déflationnistes.
Pour le moment, aucun retour immédiat sous zéro n’est annoncé. Lors de sa dernière décision de politique monétaire, le 18 juin, la BNS a maintenu son taux directeur à 0 %. Elle prévoit actuellement une inflation moyenne de 0,6 % en 2026, 0,6 % en 2027 et 0,7 % en 2028.
La situation reste donc compatible avec la stabilité des prix. Mais la banque centrale veut conserver une marge de manœuvre si l’environnement économique venait à changer rapidement.
La hausse du pétrole pèse moins lourd en Suisse
L’un des éléments surveillés de près concerne l’énergie. Les prix du pétrole ont fortement fluctué ces derniers mois, notamment dans un contexte géopolitique tendu.
Pourtant, leur effet sur l’inflation suisse reste relativement limité par rapport à d’autres économies.
Petra Tschudin l’explique notamment par la composition du panier utilisé pour calculer l’indice suisse des prix à la consommation. Les produits pétroliers n’en représentent qu’environ 2 %. Une forte variation de l’essence ou du mazout a donc un impact relativement limité sur l’indice global.
Cette particularité contribue à expliquer pourquoi les poussées des prix énergétiques peuvent se transmettre moins violemment à l’inflation en Suisse.
Dans une interview publiée par Finanz und Wirtschaft, Petra Tschudin souligne également le rôle des anticipations d’inflation, qui restent solidement ancrées. Les ménages et les entreprises ne semblent pas s’attendre à une envolée durable des prix, ce qui réduit le risque de voir se développer une spirale inflationniste.
La volatilité du pétrole complique néanmoins le travail de prévision. Une nouvelle flambée durable des hydrocarbures pourrait modifier les perspectives, même si leur poids direct dans le panier suisse reste faible.
L’intelligence artificielle pourrait faire monter ou baisser les prix
Un autre phénomène beaucoup plus récent attire l’attention de la BNS : l’intelligence artificielle.
À long terme, son développement pourrait contribuer à réduire les coûts. Si les entreprises deviennent plus productives grâce à l’automatisation et aux nouveaux outils numériques, elles pourraient produire davantage avec les mêmes ressources, ce qui exercerait une pression à la baisse sur certains prix.
Mais l’effet pourrait être exactement inverse dans un premier temps. Déployer massivement l’IA nécessite des investissements considérables. Entre les centres de données, les équipements informatiques, l’énergie, les infrastructures et la formation des salariés, les entreprises doivent engager d’importantes dépenses.
Cette phase d’investissement peut donc temporairement alimenter des pressions inflationnistes avant que les gains de productivité ne prennent éventuellement le relais.
Pour la BNS, il est encore trop tôt pour déterminer lequel de ces effets dominera. Cette incertitude s’ajoute à celles liées à l’énergie, à l’évolution du franc et à la conjoncture internationale.
Dans ce contexte, le message de Petra Tschudin est surtout celui de la flexibilité. Le taux actuel reste à 0 %, mais si l’inflation menaçait de tomber durablement trop bas, la Suisse pourrait de nouveau basculer dans l’ère des taux négatifs.








