Faire ses courses en Allemagne devient encore plus simple pour les Suisses. Depuis la mi-juin, une nouvelle application permet de numériser une partie de la procédure de remboursement de la TVA allemande.
Plus besoin, dans de nombreux cas, de s’arrêter à la douane pour faire tamponner un formulaire papier. Côté allemand, la mesure est saluée comme une simplification bienvenue. Côté suisse, elle ravive la colère des commerçants face au tourisme d’achat.
Plus besoin de tampon papier à la frontière
L’application s’appelle dAKZ, pour Digitaler Ausfuhrkassenzettel, soit reçu d’exportation numérique. Elle est testée par les douanes allemandes à la frontière suisse depuis le 16 juin 2026.
Son fonctionnement est assez simple. Lors de l’achat dans un commerce participant, le client présente le code-barres de son application à la caisse. Le ticket de caisse est alors transmis directement sur son smartphone. Avant de quitter l’Allemagne, l’utilisateur annonce dans l’application les marchandises qu’il emporte vers la Suisse.
Si l’application affiche un feu vert, le client peut passer la frontière sans s’arrêter à la douane allemande. Le passage est alors détecté automatiquement grâce à la géolocalisation et le reçu d’exportation numérique est généré. Si l’application affiche une demande de contrôle, le client doit en revanche présenter les marchandises à un poste-frontière participant.
La procédure reste volontaire et limitée à certains commerces et postes-frontières durant la phase de test. Mais si l’essai est concluant, elle pourrait être étendue plus largement le long de la frontière suisse.
Pour les clients, l’intérêt est évident. Le remboursement de la TVA allemande devient plus rapide, plus fluide et moins dépendant d’un arrêt à la douane. Pour les autorités allemandes, l’avantage est également important : chaque année, des millions de formulaires papier doivent être tamponnés.
À Lörrach, près de Bâle, la porte-parole du bureau principal des douanes a indiqué à la RTS qu’environ 200 agents étaient mobilisés le long de la frontière suisse uniquement pour cette tâche. La numérisation pourrait donc permettre de réaffecter une partie de ces effectifs à d’autres missions.
Les commerçants allemands y voient aussi une opportunité. Dans les régions frontalières, la clientèle suisse représente une part importante des achats. Selon la Chambre de commerce et d’industrie du Rhin supérieur-Lac de Constance, les clients venus de Suisse dépensent entre un et deux milliards d’euros par an dans la région.
Les commerçants suisses redoutent un nouveau coup dur
De l’autre côté de la frontière, l’accueil est beaucoup moins enthousiaste. Les commerces suisses craignent que cette application rende le tourisme d’achat encore plus attractif.
Aujourd’hui, les personnes qui reviennent en Suisse avec des achats effectués à l’étranger bénéficient d’une franchise-valeur de 150 francs par personne et par jour. En dessous de ce seuil, elles ne paient pas la TVA suisse. Au-dessus, la TVA est due sur la valeur totale des marchandises importées.
Cette règle existe déjà pour limiter l’écart entre les achats à l’étranger et ceux réalisés dans le commerce suisse. Mais pour la branche helvétique, l’application allemande change la donne en supprimant une partie des contraintes pratiques qui freinaient certains consommateurs.
Jusqu’ici, se faire rembourser la TVA allemande demandait du temps, un formulaire papier et souvent un passage par la douane. Avec dAKZ, cette étape devient beaucoup plus simple. Le gain peut sembler administratif, mais dans le commerce frontalier, quelques minutes de moins et 19% de TVA récupérable peuvent suffire à renforcer l’attrait des courses en Allemagne.
La Fédération suisse du commerce de détail réclame donc un nouveau durcissement. Son directeur, Patrick Erny, plaide pour abaisser la franchise-valeur de 150 à 50 francs. L’objectif serait de combler ce que la branche considère comme une faille : des consommateurs peuvent récupérer la TVA allemande tout en restant sous la limite suisse, et donc ne payer ni TVA en Allemagne ni TVA en Suisse sur une partie de leurs achats.
Cette demande risque de relancer un débat déjà sensible. Le tourisme d’achat pèse depuis longtemps sur les commerces proches des frontières, notamment dans les cantons de Bâle, Schaffhouse, Thurgovie, Argovie, Saint-Gall ou Zurich. Les différences de prix, la force du franc et l’écart de TVA rendent les achats en Allemagne particulièrement compétitifs.
Pour les consommateurs, la nouvelle application ressemble à une simplification bienvenue. Pour les commerçants suisses, elle ressemble plutôt à un accélérateur de fuite des achats.
La phase de test dira si dAKZ devient un outil courant pour les clients suisses. Mais une chose est déjà claire : en numérisant le remboursement de la TVA, l’Allemagne vient de rendre le shopping transfrontalier encore plus confortable. Et en Suisse, le commerce de détail redoute déjà la prochaine addition.








