La Suisse a atteint son Food Overshoot Day ce lundi 13 juillet. Cela signifie que, statistiquement, la production agricole indigène ne suffit plus à couvrir les besoins alimentaires de la population jusqu’à la fin de l’année.
Dès maintenant, les aliments consommés dans le pays reposent donc, en théorie, sur les importations. Pour l’Union suisse des paysans, ce signal confirme une dépendance grandissante à l’étranger.
Un aliment sur deux seulement est produit en Suisse
Le Food Overshoot Day marque la date à laquelle la production alimentaire nationale est considérée comme épuisée pour l’année en cours. En Suisse, il tombe cette fois le 13 juillet, selon l’Union suisse des paysans.
Le calcul repose sur le taux d’auto-approvisionnement du pays. Aujourd’hui, ce taux brut est d’environ 50%. Autrement dit, l’agriculture suisse produit seulement la moitié des denrées alimentaires consommées par la population.
L’image est simple, si la Suisse devait vivre uniquement de sa production agricole annuelle, elle pourrait nourrir sa population jusqu’à la mi-juillet. Pour le reste de l’année, elle dépend statistiquement de denrées venues de l’étranger.
Cette dépendance ne signifie pas que les rayons seront vides dès demain. Les supermarchés continueront évidemment d’être approvisionnés. Mais le symbole est fort, car il montre que la production nationale ne suit pas le rythme de la consommation intérieure.
L’Union suisse des paysans rappelle que la date s’est rapprochée au fil des dernières années, relève 20Minutes. En 2025, le jour du dépassement était fixé au 17 juillet. En 2024 et en 2023, il tombait le 9 juillet. En 2022, il avait été relevé le 2 juillet.
Cette évolution dépend de plusieurs facteurs, notamment les récoltes, les conditions météorologiques, la consommation, la population et la capacité des surfaces agricoles à produire suffisamment.
La comparaison avec les voisins européens renforce le contraste. L’Allemagne affiche un taux d’auto-approvisionnement d’environ 88%, ce qui lui permettrait, selon les chiffres cités par l’USP, de couvrir ses besoins alimentaires jusqu’au début du mois de novembre. La France produit suffisamment de denrées pour couvrir l’ensemble de ses besoins. La Suisse, elle, reste beaucoup plus dépendante de l’extérieur.
Une dépendance qui déplace aussi l’impact environnemental
Pour l’Union suisse des paysans, le problème n’est pas seulement alimentaire. Il est aussi environnemental.
Lorsque la Suisse importe davantage de denrées, elle importe aussi une partie de leur empreinte écologique. Production, transport, consommation d’eau, pression sur les sols, émissions liées aux chaînes logistiques : une partie de l’impact ne disparaît pas, elle est simplement déplacée hors des frontières.
L’organisation rappelle que plus des deux tiers de l’empreinte écologique suisse liée à la consommation sont générés à l’étranger. Selon elle, réduire la production indigène ne permet donc pas automatiquement de protéger l’environnement. Au contraire, cela peut déplacer la pression écologique vers des pays où les conditions de production, les ressources disponibles ou les normes environnementales ne sont pas toujours comparables.
L’USP appelle donc la future politique agricole 2030 à renforcer la production alimentaire nationale. Elle insiste aussi sur la nécessité de préserver les surfaces agricoles, mises sous pression par l’urbanisation, l’érosion des sols, la salinisation et la pénurie d’eau.
Les phénomènes météorologiques extrêmes, les conflits géopolitiques et les perturbations commerciales ajoutent une autre couche de fragilité. Dans un monde où les chaînes d’approvisionnement peuvent être bousculées rapidement, produire une partie importante de son alimentation sur place devient un enjeu stratégique.
La question reste toutefois politiquement sensible. Augmenter l’auto-approvisionnement alimentaire peut entrer en tension avec d’autres objectifs, comme la protection de la biodiversité, la réduction des émissions agricoles ou l’évolution des habitudes alimentaires.
L’Union suisse des paysans défend une agriculture suisse diversifiée et performante, capable de produire davantage tout en préservant les ressources. Elle estime que les surfaces de production doivent être mieux protégées, aussi bien pour la sécurité alimentaire que pour l’environnement.








