Le sommet du G7 d’Évian continue de faire grincer des dents à Genève. Plusieurs semaines après l’événement organisé en France, la facture sécuritaire reste lourde côté suisse.
Le coût total atteint 31,6 millions de francs, dont 19,1 millions à la charge du canton de Genève. La France, elle, n’a pour l’instant pas accepté de participer à ces dépenses.
Une facture sécuritaire de 31,6 millions de francs
Le sommet s’est déroulé sur territoire français, mais sa proximité immédiate avec Genève a obligé les autorités suisses à déployer un dispositif de sécurité massif. Aéroport, tarmac, frontières, manifestations, cyberrisques, hébergement des renforts et moyens anti-drone, le canton a dû absorber une série de coûts liés à un événement qu’il n’organisait pas.
Selon les chiffres communiqués par la conseillère d’État genevoise Carole-Anne Kast, le coût sécuritaire total atteint 31,6 millions de francs. La Confédération prend en charge 12,5 millions, tandis que 19,1 millions restent à la charge du canton de Genève.
La ministre genevoise estime que Genève a largement subi les décisions françaises concernant le lieu, la date et le format du sommet. Dans un entretien accordé à L’Agefi, elle regrette également que la France n’ait, jusqu’ici, manifesté aucune volonté d’entrer en matière sur une prise en charge des coûts.
Le mois de juin aurait représenté l’équivalent de huit mois de travail pour la police genevoise. Pour compenser l’effort demandé aux agents, le Conseil d’État a décidé de payer 100 heures supplémentaires par policier, pour un coût estimé à 13 millions de francs.
Le reste de la facture couvre notamment les heures de travail normales de la police, les renforts confédérés, leur hébergement et leur ravitaillement, la location de Palexpo comme poste de police temporaire, des véhicules, des systèmes anti-drone, la sécurisation de l’aéroport, la cybersécurité et l’indemnisation de dégâts éventuels, énumère 20Minutes.
Pour Genève, le dossier est d’autant plus sensible que le sommet avait lieu en France. Le canton a dû assurer une partie de la sécurité autour d’un événement international dont les retombées positives restent discutées, mais dont les coûts sont très concrets.
Paris regrette l’ambiance, mais ne promet rien sur la facture
La position française ne calme pas vraiment le jeu. Présente à Genève, la ministre franco-suisse Éléonore Caroit a regretté un manque de confiance en amont du G7 d’Évian avec les autorités suisses et genevoises. Selon elle, il aurait été possible de présenter l’événement comme une occasion de rayonnement pour Genève, plutôt que de se concentrer uniquement sur les coûts et les aspects négatifs, colle le relate la TDG.
Elle ne s’est toutefois pas engagée sur une éventuelle prise en charge des frais de sécurité. La ministre affirme ne pas négocier ce dossier et indique, à sa connaissance, que la France n’a pas reçu de décompte ou de facture de la part de la Suisse.
Avant même le sommet, le délégué du Conseil fédéral pour le G7, Alain Gaschen, avait déjà déploré l’absence d’accord financier entre les deux pays. Les discussions devaient se poursuivre, mais il s’était montré pessimiste. Depuis, la situation n’a pas réellement évolué.
Carole-Anne Kast estime de son côté que Berne aurait pu se montrer plus ferme face à Paris. Selon elle, la Confédération aurait notamment pu conditionner la mise à disposition de l’aéroport de Genève à un accord financier préalable.
L’aéroport a joué un rôle central dans l’accueil des délégations et la sécurisation du sommet. Pour Genève, cet argument renforce l’idée que la Suisse disposait d’un levier dans la négociation.
La France défend une autre lecture. Éléonore Caroit rappelle que la coopération entre les deux pays a été encadrée par un accord entré en vigueur après le précédent sommet d’Évian en 2003. Elle souligne également que des représentants français sont venus appuyer leurs homologues genevois lors de la manifestation anti-G7, sans pour autant participer directement au maintien de l’ordre.
Reste que la facture n’a pas disparu. Elle pourrait même peser sur les relations régionales entre Genève et les collectivités françaises voisines si aucune solution n’est trouvée.
Pour le canton, le problème dépasse la simple querelle comptable. Il touche à la manière dont un événement organisé en France peut mobiliser lourdement les moyens suisses, sans accord clair sur le partage des coûts.
Le G7 d’Évian devait afficher la coopération internationale. À Genève, il laisse surtout une addition de 19,1 millions de francs et une question embarrassante : qui doit vraiment payer la sécurité d’un sommet organisé juste de l’autre côté de la frontière ?








