Assurance de base : le modèle le plus cher séduit encore les ménages qui ont le moins de marge 

En Suisse, les assurés les plus modestes sont proportionnellement plus nombreux à garder le modèle LAMal le plus cher, un choix moins paradoxal qu’il n’y paraît.

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Assurance de base : le modèle le plus cher séduit encore les qui ont le moins de marge : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

À première vue, le constat surprend. En Suisse, les personnes aux revenus modestes sont plus nombreuses que les hauts revenus à choisir le modèle standard de l’assurance maladie obligatoire, pourtant plus coûteux. 

Selon une analyse de Comparis, 34% des personnes gagnant moins de 4000 francs par mois optent pour ce modèle avec libre choix du médecin. Parmi celles qui gagnent plus de 8000 francs, cette proportion tombe à 16,5%.

Le modèle standard rassure ceux qui ont le plus besoin de soins

Le modèle standard de l’assurance de base reste le plus cher, mais aussi le plus souple. Il permet de choisir librement son médecin, sans passer obligatoirement par un cabinet HMO, une consultation téléphonique ou un médecin de famille désigné comme premier point de contact.

Pour des personnes qui ont davantage de problèmes de santé, cette liberté peut être essentielle. Simon Zurich, vice-président romand de l’Organisation suisse des patients, rappelle que les personnes à bas revenus sont plus souvent concernées par des difficultés de santé, relève la RTS. À cela s’ajoute une part importante de personnes âgées, pour qui les modèles plus restrictifs peuvent paraître moins adaptés.

Le choix du modèle standard n’est donc pas forcément irrationnel, rappelle l’analyse Comparis. Il peut traduire un besoin de sécurité. Quand on consulte souvent, quand on a plusieurs spécialistes ou quand on craint de perdre l’accès à un médecin connu, payer plus cher peut sembler moins risqué que changer de formule.

Des modèles moins chers, mais plus difficiles à comprendre

Les modèles alternatifs permettent souvent de réduire la prime. Médecin de famille, Telmed, HMO, ces formules peuvent alléger la facture mensuelle, mais elles imposent aussi des règles précises. Il faut parfois appeler une plateforme avant de consulter, passer par un réseau défini ou respecter un parcours de soins particulier.

Sur le papier, ces contraintes semblent simples. Dans la pratique, elles peuvent vite devenir anxiogènes. Un mauvais réflexe, un rendez-vous pris directement chez un spécialiste ou une règle mal comprise peuvent entraîner des complications administratives, voire des frais non pris en charge selon les situations.

C’est là que la complexité du système devient un vrai frein. Chaque automne, comparer les caisses, les franchises, les modèles et les conditions demande du temps, de l’énergie et une bonne compréhension des différences. Or cette démarche n’est pas également accessible à tout le monde.

La précarité laisse moins de place pour comparer

Le sujet dépasse largement la simple question des primes. Quand une personne doit surtout penser à boucler ses fins de mois, sa capacité à anticiper, comparer et planifier se réduit. Les démarches administratives deviennent plus lourdes, surtout lorsqu’elles demandent de lire des conditions, d’évaluer des risques et de projeter ses besoins de santé sur une année entière.

Cette “charge cognitive” explique en partie pourquoi certaines personnes restent dans un modèle plus cher, même lorsqu’un autre contrat pourrait théoriquement leur faire économiser de l’argent. Ne pas changer peut sembler plus sûr que risquer une mauvaise décision.

Le phénomène rappelle aussi une limite du discours habituel autour des économies LAMal. Dire aux assurés de comparer ne suffit pas toujours. Encore faut-il que les modèles soient compréhensibles, que les conséquences soient claires et que les personnes disposent du temps nécessaire pour faire un choix adapté.

Un système qui pénalise parfois ceux qui ont le moins de marge

Cette analyse met en lumière une tension importante du système suisse. Les économies existent, mais elles profitent davantage à celles et ceux qui ont les ressources pour les chercher, les comprendre et les activer. Les personnes plus à l’aise financièrement sont aussi souvent mieux armées pour comparer, changer de caisse ou choisir un modèle alternatif sans craindre de mauvaises surprises.

À l’inverse, les ménages modestes peuvent se retrouver coincés dans le modèle le plus coûteux, non par confort, mais par prudence. Ils paient plus cher pour conserver un accès plus simple aux soins, éviter les règles complexes et limiter le risque administratif.

Dans un contexte de primes toujours élevées, ce constat pose une question sensible. L’assurance de base offre les mêmes prestations à tous, mais la manière de choisir son modèle n’est pas vécue de la même façon selon les revenus, l’âge ou l’état de santé.

Le vrai paradoxe n’est donc pas que les personnes modestes choisissent plus souvent le modèle le plus cher. Il est plutôt dans un système où les meilleures économies exigent du temps, de la confiance et une capacité de comparaison que tout le monde ne possède pas au même niveau.

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