Les achats en ligne séduisent toujours plus de consommateurs suisses, mais ils entraînent aussi une hausse préoccupante des retards de paiement. Entre commandes sur facture, crédits à la consommation et perte de repères budgétaires, les 20-40 ans apparaissent particulièrement exposés.
Dans un marché de l’e-commerce devenu très fluide, s’endetter peut désormais se faire en quelques clics. Une tendance qui inquiète les professionnels du recouvrement, alors que les plateformes d’e-commerce rendent les dépenses toujours plus rapides et moins visibles.
Les impayés gagnent du terrain en Suisse
Les retards de paiement concernent de plus en plus de ménages en Suisse. Près d’un foyer sur six serait désormais touché par des difficultés à régler certaines factures. Parmi les causes les plus fréquentes figurent les dettes fiscales, les primes d’assurance-maladie impayées, mais aussi les crédits à la consommation, les factures de téléphonie mobile, les locations de voitures ou encore les achats en ligne non réglés.
Dans un entretien accordé à Blick, Christian Giehler, directeur général du groupe Coeo en Suisse, alerte particulièrement sur la progression des impayés liés au commerce électronique. Selon lui, cette tendance s’explique par l’évolution rapide des habitudes de consommation. Les plateformes comme Amazon, Zalando, Shein ou Temu permettent de commander facilement, souvent avec paiement sur facture, ce qui peut donner l’impression que la dépense est repoussée plutôt qu’immédiate.
Le phénomène prend une ampleur importante. Selon l’association professionnelle Inkasso Suisse, le volume des créances impayées pourrait atteindre près de 13 milliards de francs d’ici fin 2026, soit environ 2 milliards de plus qu’en 2022.
Cette hausse traduit une réalité simple, le panier virtuel peut vite devenir un piège. Vêtements, produits électroniques, accessoires ou objets du quotidien s’accumulent facilement. Christian Giehler évoque même des clients commandant pour 10’000 francs, au risque de perdre complètement le fil de leurs dépenses.
Les jeunes adultes plus exposés au crédit facile
Les personnes âgées de 20 à 40 ans représentent le principal groupe concerné par les dossiers traités par Coeo. Cette génération consomme davantage en ligne et utilise plus naturellement les paiements différés ou sur facture. Mais cette facilité peut fragiliser les budgets, surtout lorsque plusieurs commandes s’empilent en même temps.
Pour Christian Giehler, le problème ne vient pas uniquement de l’e-commerce. Il pointe aussi une baisse des compétences financières. De plus en plus de personnes auraient du mal à comparer régulièrement leurs revenus et leurs dépenses, ce qui rend le budget plus difficile à maîtriser.
Les achats en ligne réduisent aussi certains freins psychologiques. Dépenser depuis son téléphone, sans contact direct avec un vendeur ni paiement immédiat visible, peut donner l’impression que l’acte est moins engageant. Le sentiment de honte ou de prudence diminue, surtout lorsque l’achat est présenté comme simple, rapide et presque banal.
Le contexte économique joue également un rôle. Avec la hausse des loyers et des primes d’assurance-maladie, certaines personnes continuent à consommer malgré une marge financière réduite. Des achats plus coûteux, comme des sacs ou des montres de luxe, deviennent plus accessibles en ligne, parfois au prix d’un endettement mal anticipé.
Des frais de recouvrement toujours contestés
Lorsque les factures restent impayées, les agences de recouvrement entrent en scène. Leur image a changé, assure Christian Giehler, qui décrit aujourd’hui le secteur comme un prestataire de services cherchant à trouver des solutions avec les débiteurs. Mais le premier contact reste souvent difficile. Dans certains cas, plusieurs tentatives sont nécessaires avant d’obtenir une réponse.
Quand le dialogue s’installe, un plan de remboursement peut être proposé. Mais tous les dossiers ne se règlent pas ainsi. Selon Christian Giehler, de nombreux débiteurs cessent simplement de payer. Une partie importante des cas débouche alors sur des certificats de perte, valables pendant 20 ans.
Le secteur du recouvrement reste toutefois critiqué, notamment sur les frais ajoutés aux montants dus. Sara Stalder, défenseure des consommateurs, rappelle que seuls les intérêts de retard de 5% par an sont clairement prévus par la loi. Les frais supplémentaires doivent, selon elle, être justifiés avec précision, et les débiteurs peuvent contester par écrit les majorations qu’ils estiment injustifiées.
Coeo rejette ces critiques et affirme respecter le cadre légal. Mais le débat met en lumière un point central. Lorsque les achats en ligne échappent au contrôle, la dette initiale peut rapidement devenir plus lourde, plus complexe et plus difficile à sortir du quotidien.








