La guerre en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz provoquent une nervosité mondiale qui profite aux caisses helvétiques. Les négociants genevois en matières premières enregistrent des bénéfices record, transformant la crise internationale en une manne financière inattendue.
Trafigura, Gunvor et Vitol illustrent cette situation paradoxale. Plus le chaos augmente, plus leurs comptes en banque gonflent. Pour Berne et le canton de Genève, cette manne arrive à point nommé et contribue à renforcer les finances publiques.
Trafigura, roi du pétrole et des profits
Le géant Trafigura tire son épingle du jeu comme jamais auparavant. Selon le Tages-Anzeiger, l’entreprise a réalisé un bénéfice net de plus de 4 milliards de dollars au premier semestre 2026, le troisième meilleur bilan semestriel de son histoire. Les paiements d’impôts suivent la même trajectoire, ils passent de 250 millions à près d’un milliard de dollars.
Bien que son siège officiel soit à Singapour, la filiale genevoise gère une grande partie de l’activité commerciale mondiale, et c’est là que se concentrent la majorité des revenus imposables. Trafigura illustre parfaitement la dynamique de ce secteur. Des crises géopolitiques, des prix du pétrole volatils, et des profits astronomiques qui retombent sur le territoire suisse.
Gunvor et Vitol profitent également du chaos
Trafigura n’est pas seule à transformer la crise en profit. Gunvor et Vitol enregistrent eux aussi des chiffres exceptionnels. Vitol, dont le centre des opérations mondiales se situe à Genève, a gagné 2 milliards de dollars rien que sur le premier trimestre 2026. Quant à Gunvor, ses bénéfices en trois mois ont égalé ceux de toute l’année précédente.
Ces performances illustrent un paradoxe. La Suisse bénéficie indirectement de tensions internationales dramatiques, qui propulsent les prix de l’énergie à la hausse et gonflent les profits des traders locaux. Pour les cantons et la Confédération, ces recettes fiscales constituent une source majeure de financement et contribuent à compenser des déficits budgétaires.
Une manne bienvenue pour les finances publiques
La ministre des Finances Karin Keller-Sutter l’a reconnu lors de la présentation du résultat fédéral 2025 . Les recettes liées aux négociants en matières premières ont largement contribué à améliorer le budget de l’État. « Nous remercions les négociants en matières premières », avait-elle déclaré, illustrant la dépendance de la Suisse à ce secteur très lucratif.
Si la géopolitique reste incertaine et les crises du Moyen-Orient toujours menaçantes, la Suisse peut compter sur ses négociants genevois pour transformer le chaos international en liquidités substantielles. Mais cette manne soulève aussi des questions éthiques et politiques sur la manière dont les profits liés à des conflits géopolitiques sont redistribués et imposés dans le pays.








