La diaspora suisse continue de s’étendre à l’échelle mondiale, confirmant une tendance installée depuis plusieurs décennies. Fin 2025, près de 840’000 Suisses et Suissesses vivaient à l’étranger, un niveau jamais atteint hors période exceptionnelle.
Cette progression masque pourtant des réalités très contrastées selon les régions du monde. Dans plusieurs pays, la présence helvétique recule nettement, révélant des dynamiques locales parfois préoccupantes.
Une croissance globale portée par l’Europe et les grandes économies
Dans l’ensemble, le nombre de Suisses établis à l’étranger poursuit sa progression, avec une hausse de 1,4% entre 2024 et 2025. Cette croissance reste légèrement inférieure à celle observée l’année précédente (+1,6%), en partie en raison d’une meilleure prise en compte des décès dans les statistiques officielles. Près de 1300 personnes décédées ont ainsi été retirées des registres, contre 680 en 2024, selon l’Office fédéral de la statistique.
La dynamique reste largement tirée par plusieurs pays européens et occidentaux. La France arrive en tête avec 1833 ressortissants suisses supplémentaires en une année. Elle est suivie par les États-Unis (+1198), l’Allemagne (+1108), l’Espagne (+856) et le Portugal (+643). Ces destinations combinent stabilité économique, proximité culturelle ou opportunités professionnelles, ce qui continue d’attirer les expatriés suisses.
Au total, les Suisses de l’étranger sont présents dans la quasi-totalité des pays du monde, indique la RTS. Sur 197 États, seuls cinq ne comptaient aucun ressortissant helvétique en 2025 : la Corée du Nord, le Turkménistan, Nauru, les îles Marshall et Tuvalu. Cette dispersion souligne l’ampleur du phénomène et l’ancrage international de la population suisse.
Des reculs marqués dans les zones instables ou en crise
Derrière cette croissance globale, plusieurs pays enregistrent des baisses significatives. En valeur absolue, le Mexique affiche le recul le plus important avec 66 Suisses en moins en 2025, après plusieurs années de progression. Cette évolution intervient dans un contexte de tensions sécuritaires liées aux opérations contre les cartels et à des violences persistantes dans certaines régions.
Singapour suit avec une baisse de 58 personnes. Le recul s’inscrit dans une tendance plus longue : la cité-État comptait 3292 Suisses en 2015, contre 2441 en 2025. Dans ce cas, la diminution s’observe sur une décennie, traduisant un changement progressif d’attractivité.
Le continent africain est également concerné. L’Afrique du Sud (-42), la Tunisie (-24) et l’Ouganda (-22) figurent parmi les pays où la communauté suisse diminue en nombre. En proportion, les baisses sont encore plus marquées dans des zones touchées par des conflits. Le Soudan du Sud enregistre une chute de 27%, tandis que le Niger et le Tchad perdent chacun 25% de leurs ressortissants suisses. Le Soudan affiche une baisse de 22%.
Dans les Caraïbes, la situation est particulièrement notable. Cuba comptait 312 Suisses en 2018, contre 191 en 2025, soit une baisse de 121 personnes en huit ans (-39%). La crise économique persistante et les difficultés sociales contribuent à ce recul. À Haïti, la diminution est encore plus marquée. Le nombre de Suisses y est passé de 67 en 2024 à 47 en 2025, soit une baisse d’environ 30% en un an. Sur une période plus longue, entre 2016 et 2025, la communauté a été divisée par plus de trois, passant de 157 à 47 personnes.
La situation sécuritaire explique en grande partie cette évolution. Haïti est confronté à une instabilité majeure, avec des gangs armés contrôlant une grande partie du territoire, notamment la capitale Port-au-Prince. À cela s’ajoute une crise politique durable depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021. Le Département fédéral des affaires étrangères déconseille de s’y rendre.
Certains reculs sont encore plus spectaculaires en proportion. Le Timor-Leste enregistre la plus forte baisse relative, avec une chute de 54% en 2025. Le nombre de Suisses y est passé de 13 à 6 en un an. Même si les effectifs restent faibles, cette évolution illustre la volatilité des petites communautés.
Ces données montrent une réalité nuancée. La diaspora suisse continue de croître, mais elle se redessine en permanence. Les départs des zones instables ou en crise s’accompagnent d’une concentration accrue dans les pays jugés plus sûrs ou plus attractifs.








