Le Conseil national a rejeté l’accord de libre-échange entre l’AELE et les pays du Mercosur. Après un long débat, les députés ont refusé le texte par 96 voix contre 86 et 9 abstentions.
Ce vote constitue un revers important pour Guy Parmelin, qui défendait un accord jugé stratégique pour l’économie suisse. Un vote serré qui ne clôt pas le dossier, puisque le Conseil des États doit encore se prononcer sur cet accord très contesté.
Un accord commercial rejeté de justesse
L’accord de libre-échange entre l’AELE et le Mercosur devait ouvrir davantage les échanges entre la Suisse et quatre pays sud-américains : l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. Pour le Conseil fédéral, le texte représentait une opportunité économique importante, notamment pour les exportateurs suisses confrontés à des droits de douane élevés.
Mais le Conseil national n’a pas suivi Guy Parmelin. La gauche, une partie de l’UDC et une partie du Centre ont rejeté l’accord lors du vote d’ensemble. Le résultat reste serré, mais politiquement lourd : 96 voix contre, 86 pour et 9 abstentions.
Le débat a cristallisé plusieurs inquiétudes. La gauche a critiqué un accord jugé insuffisant sur l’environnement, les droits humains et la protection des populations indigènes, précise le communiqué ATS. Elle voulait notamment renforcer les exigences en matière de déforestation, en s’inspirant du règlement européen adopté en 2023. Ses propositions ont toutefois été rejetées.
Guy Parmelin a défendu un texte qu’il juge « important » et globalement favorable à la Suisse. Selon lui, l’accord contient des engagements en matière de développement durable et permettrait aux entreprises helvétiques de rester compétitives face à l’Union européenne, qui avance aussi avec le Mercosur.
Les paysans au cœur de la fronde
L’agriculture suisse a occupé une place centrale dans le rejet du texte. L’accord prévoit davantage d’importations de viande et de vin en provenance des pays du Mercosur. Pour Guy Parmelin, ces contingents restent modestes et représentent moins de 2% de la consommation totale. Il estime donc que la situation est supportable pour le secteur agricole.
Mais cette lecture est vivement contestée par plusieurs élus proches du monde paysan. Markus Ritter, président de l’Union suisse des paysans, Jacques Nicolet et Martin Haab ont dénoncé un accord dans lequel l’agriculture serait sacrifiée. Pour eux, les paysans suisses figureraient clairement parmi les perdants.
Pour compenser les effets possibles de l’accord, Martin Haab a proposé un crédit d’engagement de 880 millions de francs entre 2028 et 2035. Cette enveloppe devait soutenir les agriculteurs face à la concurrence sud-américaine. Mais le Conseil national l’a refusée par 94 voix contre 91 et 6 abstentions.
Ce rejet a renforcé les tensions. L’Union suisse des paysans menace de lancer un référendum si ses inquiétudes ne sont pas suffisamment prises en compte. Les Vert-e-s ont également laissé entendre qu’ils pourraient combattre le texte devant le peuple.
Le dossier passe au Conseil des États
Le refus du Conseil national ne clôt pas encore le dossier. L’accord passe désormais au Conseil des États, qui devra se prononcer à son tour. La suite dépendra donc de la Chambre des cantons, mais le signal envoyé par la Chambre du peuple est clair : l’accord ne peut plus avancer sans tenir compte des fortes résistances politiques.
Pour les partisans du texte, l’enjeu reste économique. L’accord doit permettre à la Suisse de diversifier ses relations commerciales dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques. Il pourrait aussi générer des économies importantes en droits de douane pour les entreprises exportatrices.
Pour ses opposants, le prix à payer est trop élevé. La gauche pointe les risques environnementaux et sociaux, tandis que les représentants agricoles redoutent une concurrence accrue sur des produits sensibles comme la viande et le vin.
Ce vote révèle donc une fracture inhabituelle. L’accord est contesté à gauche pour des raisons écologiques et sociales, mais aussi à droite et au centre pour ses effets possibles sur l’agriculture suisse. Guy Parmelin se retrouve ainsi pris entre deux fronts politiques très différents.








