Récolte amère : les agriculteurs suisses pourraient perdre 2 000 francs par an avec l’accord Mercosur

Les agriculteurs suisses réclament 880 millions pour compenser l’impact de l’accord Mercosur, créant un affrontement politique à Berne.

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Suisse
Récolte amère : les agriculteurs suisses pourraient perdre 2 000 francs par an avec l’accord Mercosur : Crédit : KEYSTONE/Laurent Gilliéron | Econostrum.info - Suisse

L’accord de libre-échange entre la Suisse et les pays du Mercosur, signé en 2019, est aujourd’hui sous haute tension. Bien que cet accord vise à renforcer les échanges commerciaux avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay, il rencontre une opposition croissante de la part des agriculteurs suisses.

Ces derniers craignent des pertes économiques importantes, estimées entre 70 et 115 millions de francs par an pour le secteur agricole. Face à ce risque, les agriculteurs réclament 880 millions de francs pour compenser les conséquences de cet accord. Une demande qui fait l’objet de débats intenses à Berne, où le gouvernement suisse se trouve pris entre des exigences agricoles et des pressions politiques.

Une demande de compensation face à une concurrence accrue

L’accord de libre-échange avec le Mercosur pourrait profondément modifier la compétitivité de l’agriculture suisse. Le lobby agricole, mené par l’Union suisse des paysans, souligne que l’augmentation des importations de produits agricoles en provenance des pays du Mercosur pourrait fragiliser davantage un secteur déjà sous pression.

En effet, bien que la Suisse bénéficie d’un marché relativement protégé, l’ouverture de quotas pour des produits comme la viande, le lait ou le vin pourrait conduire à une réduction des prix pour les produits locaux. Selon les estimations, les exploitations agricoles suisses risquent de perdre en moyenne 2 000 francs par an, soit une baisse importante de leurs revenus, indique Watson.

Les agriculteurs ont donc formulé des exigences précises : 880 millions de francs pour soutenir la restructuration du secteur. Cela inclut 100 millions par an pendant huit ans pour améliorer les structures agricoles et 10 millions par an pour promouvoir les produits locaux.

Ces mesures visent à renforcer la compétitivité du secteur et à maintenir la position des produits suisses sur le marché intérieur et international. Toutefois, leur demande a été rejetée lors du premier passage à la Commission de politique extérieure du Conseil national (CPE), où ils n’ont manqué qu’une seule voix pour obtenir l’adoption de leur proposition.

Cependant, cette étape n’a pas été vaine : la CPE a chargé le gouvernement d’examiner des solutions pour compenser les pertes pour l’agriculture, ce qui pourrait ouvrir la voie à des financements supplémentaires.

Les préoccupations environnementales et sociales

Outre les inquiétudes économiques, l’accord avec le Mercosur soulève également des questions sur les normes sociales et environnementales. Plusieurs organisations non gouvernementales, ainsi que des partis politiques comme le PS et les Verts, se montrent particulièrement vigilants sur l’impact de l’accord en termes de déforestation et de conditions de travail.

En effet, les pratiques agricoles dans les pays du Mercosur sont souvent critiquées pour leur impact environnemental négatif, notamment la déforestation en Amazonie. L’Alliance Sud et Public Eye, deux organisations de la société civile, ont déjà exprimé leurs préoccupations concernant l’augmentation des émissions de CO₂ liées à l’intensification des échanges commerciaux avec ces pays.

Fabian Molina, conseiller national du PS, a soulevé des propositions pour encadrer l’accord, afin de garantir que les produits importés ne contribuent pas à la déforestation et qu’aucun produit issu du travail forcé ne pénètre le marché suisse. Selon lui, l’accord ne pourra être accepté par le PS que si ces exigences sont intégrées dans la législation suisse. Il rejoint en cela les préoccupations de l’Union suisse des paysans, qui dénonce des normes sociales et environnementales beaucoup plus faibles dans les pays du Mercosur, rendant leur production moins chère, mais au détriment de la planète et des conditions de travail des employés.

En réponse à ces préoccupations, la Commission de politique extérieure a voté en faveur de l’intégration de la directive européenne sur la déforestation dans l’accord, ce qui constitue un premier pas vers la mise en place de garanties écologiques. Cette directive oblige les entreprises à ne vendre que des produits ne contribuant pas à la déforestation, notamment pour des matières premières comme le soja, l’huile de palme et le cacao. Si cette mesure a été saluée par les défenseurs de l’environnement, elle reste insuffisante pour certains, qui appellent à des actions plus ambitieuses.

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