20 milliards d’impôts en trop : les Suisses ont payé plus de taxes que ce qu’ils n’auraient dû pendant 13 ans

Entre 2010 et 2023, les Suisses ont payé 20 milliards de francs en trop en raison de la progression à chaud, un problème fiscal nécessitant une réforme urgente.

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Suisse
20 milliards d’impôts en trop : les Suisses ont payé plus de taxes que ce qu’ils n’auraient dû pendant 13 ans : Crédit : Fiduciaire Genevoise | Econostrum.info - Suisse

Entre 2010 et 2023, les citoyens suisses ont payé 20 milliards de francs de trop en impôts, selon une étude menée par Avenir Suisse. Ce phénomène, souvent ignoré, est lié à un mécanisme complexe appelé « progression à chaud », où l’augmentation des salaires réels pousse les travailleurs dans des tranches fiscales plus élevées. 

En conséquence, ce sont principalement les bas salaires et la classe moyenne qui en pâtissent, se retrouvant à payer davantage d’impôts sans une réelle amélioration de leur pouvoir d’achat. Cette situation soulève de nombreuses questions sur la cohérence du système fiscal suisse et sur la manière de corriger cette inégalité.

La progression à chaud : un système fiscal devenu disproportionné

La progression à chaud résulte de l’augmentation des salaires réels due à l’amélioration économique et à la hausse de la productivité. En Suisse, le système fiscal est progressif, ce qui signifie que plus les revenus sont élevés, plus les contribuables paient d’impôts. Toutefois, lorsque les salaires augmentent, mais que les barèmes fiscaux ne sont pas ajustés en conséquence, cela entraîne une situation où des travailleurs aux revenus modestes se retrouvent dans des tranches fiscales plus élevées, simplement parce que leurs salaires ont crû.

Entre 2010 et 2023, ce phénomène a permis à l’Etat suisse de collecter 20 milliards de francs supplémentaires, sans que les citoyens n’en aient réellement conscience. Ce n’est pas une simple question d’augmentation des impôts, mais bien un effet du mécanisme fiscal qui déplace une part importante de la population vers des tranches fiscales plus élevées, malgré une croissance salariale modeste. Avenir Suisse a ainsi estimé que, dès 2020, cette progression à chaud représentait déjà 2,5 milliards de francs d’impôts supplémentaires payés par rapport à une décennie plus tôt.

L’impact de ce mécanisme est particulièrement prononcé pour les bas salaires et la classe moyenne, qui voient leur charge fiscale augmenter de manière disproportionnée. Alors que les salaires réels augmentent lentement en raison de l’inflation et des hausses modérées de salaire, la progression fiscale devient une forme d’impôt supplémentaire. Cela sape le principe même de la redistribution fiscale, qui est censée favoriser les contribuables à faibles revenus en taxant davantage ceux qui disposent des plus hauts revenus. Une telle évolution déstabilise le système, rendant plus difficile pour les moins bien rémunérés de maintenir leur niveau de vie.

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Corriger la progression à chaud : des solutions à l’horizon ?

Pour pallier ce problème, Avenir Suisse propose d’ajuster les barèmes fiscaux en fonction de la croissance des salaires réels, plutôt que de se limiter à l’inflation. En l’absence de cette compensation, de nombreux contribuables paient des impôts supplémentaires simplement parce que leurs salaires augmentent, sans que leur pouvoir d’achat n’ait véritablement progressé. Cette situation est d’autant plus préoccupante pour les familles à faibles revenus, dont le niveau de vie reste souvent inchangé malgré des hausses salariales apparentes.

Un tel ajustement des barèmes fiscaux n’est toutefois pas simple à mettre en œuvre. Actuellement, la Confédération et les cantons indexent les barèmes fiscaux sur l’indice des prix à la consommation, ce qui ne prend pas en compte la hausse des salaires réels. Avenir Suisse suggère de baser ces ajustements sur l’indice des salaires nominaux, une méthode qui serait non seulement techniquement facile à appliquer, mais qui permettrait de corriger efficacement la progression à chaud. Toutefois, cette réforme se heurte à des résistances politiques.

Certaines propositions sont actuellement en suspens, notamment au niveau fédéral, où une initiative visant à ajuster les barèmes fiscaux pour compenser la progression à chaud a été rejetée par la commission compétente du Conseil national en octobre 2025. La majorité des membres de cette commission estime que cette mesure profiterait avant tout aux contribuables les plus riches, tout en augmentant les pertes fiscales, notamment en raison de la suppression de la pénalisation du mariage et de la valeur locative.

Cette résistance à l’adoption de la compensation de la progression à chaud est également visible au niveau cantonal. Le manque de prise de conscience du phénomène au sein de certains gouvernements cantonaux complique la mise en place de solutions durables. De plus, les réformes fiscales qui visent à introduire des déductions spécifiques ou à diminuer les impôts ne résolvent pas le problème de manière systémique, car elles n’agissent que sur des groupes spécifiques de contribuables et ne corrigent pas la structure du système fiscal dans son ensemble.

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