La transition énergétique dans le secteur automobile reste poussive en Suisse. Malgré une large prise de conscience environnementale, les consommateurs tardent à adopter les véhicules électriques.
Un sondage récent d’Auto-Suisse révèle qu’à peine un Suisse sur quatre envisage aujourd’hui d’acheter une voiture entièrement électrique. Ce faible niveau d’adhésion interroge la pertinence des politiques publiques, l’efficacité des infrastructures et la perception du coût réel de cette mobilité.
Une adoption freinée par les infrastructures et les usages
Le Moniteur Mobilité 2025, publié par Auto-Suisse, met en lumière la réticence persistante des Suisses vis-à-vis de l’électrification du parc automobile. Si 70 % des sondés reconnaissent les enjeux environnementaux associés à l’automobile, seuls 27 % envisageraient l’achat d’un véhicule entièrement électrique. La préférence va nettement aux véhicules hybrides rechargeables, plébiscités par 60 % des personnes interrogées, qui y voient un compromis entre autonomie, coût et transition progressive.
Plusieurs raisons concrètes expliquent ce scepticisme. En premier lieu, les infrastructures de recharge restent inadaptées. Le manque de bornes dans l’espace public et la sous-équipement des immeubles d’habitation freinent nettement l’adoption, en particulier dans un pays où la majorité des habitants sont locataires. Cette contrainte logistique se double d’une crainte persistante liée à l’autonomie des batteries, que les progrès technologiques ne suffisent pas encore à dissiper totalement dans l’esprit du consommateur.
Autre facteur dissuasif : la lisibilité des prix de la recharge électrique. Contrairement aux carburants traditionnels, les tarifs ne sont pas systématiquement affichés aux bornes, ce qui complique la comparaison et l’optimisation des coûts pour les utilisateurs. De surcroît, les bornes privées sont souvent liées à un seul fournisseur local, empêchant une véritable mise en concurrence.
Enfin, même si les prix d’entrée ont diminué – avec des modèles comme la Dacia Spring disponibles autour de 15 000 francs –, le prix d’achat reste supérieur à celui des véhicules thermiques dans de nombreux cas. Cette différence pèse sur la décision d’achat, d’autant plus que les économies réalisées sur la recharge ou l’entretien demandent plusieurs années pour rentabiliser l’investissement initial.
Une politique fédérale jugée incohérente et des coûts mal répartis
Auto-Suisse pointe du doigt une politique fédérale perçue comme contradictoire. Le Conseil fédéral s’est fixé un objectif ambitieux : 50 % de parts de marché pour les véhicules électriques dans les nouvelles immatriculations d’ici 2025. Or, dans le même temps, les autorités ont décidé d’étendre l’impôt automobile aux voitures électriques, réduisant ainsi l’incitation financière censée encourager cette transition. Cette mesure envoie un signal brouillé aux consommateurs, selon les acteurs du secteur, qui dénoncent un manque de stratégie globale.
Au-delà de la fiscalité spécifique aux véhicules électriques, c’est la structure générale des coûts supportés par les automobilistes qui fait débat. Selon les chiffres d’Auto-Suisse, les conducteurs suisses versent plus de 12,7 milliards de francs par an à l’État sous forme de taxes, impôts et prélèvements. Pourtant, seuls 8,8 milliards sont effectivement réinvestis dans les infrastructures routières. Ce taux de recouvrement de 160 % est jugé excessif, notamment dans un contexte où la mobilité individuelle reste centrale dans la vie quotidienne.
L’étude révèle par ailleurs que 57 % des Suisses considèrent les embouteillages comme le problème de circulation le plus préoccupant, bien devant les préoccupations liées aux émissions ou aux coûts. Pour six personnes sur dix, la voiture est indispensable au quotidien, et neuf sur dix estiment qu’elle permet d’accéder à des zones peu desservies par les transports publics. Cette dépendance fonctionnelle à l’automobile souligne que toute transformation du modèle de mobilité doit intégrer des réponses concrètes en matière d’accessibilité, de prix et de fiabilité.
En parallèle, les solutions évoquées par les répondants mettent en avant le développement des infrastructures de transport et l’amélioration des transports publics comme moyens de fluidifier le trafic et de limiter les nuisances liées à la congestion.








