Et si la Confédération prenait à sa charge 20% des taxes douanières imposées par les Etats-Unis ?

La proposition de Daniel Bloch de faire financer 20% des taxes douanières par la Confédération pourrait aider à sauver l’industrie du chocolat suisse, mais soulève des questions juridiques et financières.

Publié le
Lecture : 3 min
taxes douanières
Et si la Confédération prenait à sa charge 20% des taxes douanières imposées par les Etats-Unis ? : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

L’industrie suisse du chocolat est confrontée à une pression croissante en raison des taxes douanières imposées par les États-Unis, notamment sur les produits suisses tels que le chocolat de luxe. Daniel Bloch, directeur de la chocolaterie Camille Bloch, a récemment proposé une solution audacieuse pour protéger l’un des secteurs les plus emblématiques de l’économie helvétique. 

Lors d’une interview dans La Matinale de la RTS, il a suggéré que la Confédération prenne en charge 20% des taxes douanières imposées sur les exportations de chocolat vers les États-Unis. Cette idée vise à maintenir la compétitivité des producteurs suisses face aux droits de douane plus favorables accordés à leurs concurrents européens. Toutefois, cette proposition soulève de nombreuses questions, notamment concernant sa faisabilité juridique, son impact sur les finances publiques et la possibilité d’une délocalisation à court terme de la production en Suisse.

Une initiative pour maintenir la compétitivité suisse sur le marché américain

Daniel Bloch estime que la Suisse risque de perdre son avantage concurrentiel face aux producteurs européens si elle ne prend pas des mesures pour compenser la différence significative des droits de douane entre la Suisse et l’Union européenne. Tandis que les producteurs européens bénéficient de taxes douanières de 15%, celles imposées sur le chocolat suisse peuvent atteindre jusqu’à 39%.

Lors de son interview dans La Matinale de la RTS, Bloch a confié que cette différence pourrait entraîner une délocalisation à court terme de la production, car il deviendrait économiquement inviable pour les chocolatiers suisses de continuer à produire en Suisse si leurs produits deviennent trop chers sur le marché américain.

En prenant à sa charge 20% de ces taxes, la Confédération pourrait ainsi permettre aux producteurs suisses de continuer à exporter sans compromettre leur compétitivité. Cette mesure viserait à compenser une partie du désavantage fiscal tout en maintenant l’attractivité du chocolat suisse aux yeux des consommateurs américains. Pour Camille Bloch, qui produit notamment les célèbres chocolats Ragusa et Torino, la préservation du marché américain est cruciale. « Il n’y a pas de stock aux États-Unis, il faut absolument rester dans la course », a insisté Daniel Bloch, soulignant l’importance de continuer la production pour ne pas perdre cette clientèle stratégique.

Un défi financier et juridique pour la Confédération

La proposition de Daniel Bloch, bien qu’ambitieuse, soulève plusieurs interrogations quant à sa faisabilité, tant sur le plan juridique que financier. Sur le plan juridique, l’idée d’une aide publique pour compenser les taxes douanières américaines pourrait entrer en contradiction avec les règles du commerce international, notamment celles édictées par l’Organisation mondiale du commerce (OMC). En 2019, la Suisse avait abandonné un programme similaire, la « loi chocolatière », qui permettait des subventions pour compenser le coût plus élevé du lait suisse. Cette décision avait été prise après des pressions de l’OMC, qui a estimé que de telles aides publiques violaient les principes de libre-échange.

Pourtant, Daniel Bloch défend sa proposition en arguant que les règles internationales sont déjà violées par d’autres pays, notamment par les États-Unis eux-mêmes, qui privilégient certains accords bilatéraux et imposent des taxes discriminatoires. « Ces lois sont bafouées par tous les pays, pourquoi devrions-nous être plus conformistes que les autres ? », a-t-il déclaré. Selon lui, l’urgence de la situation justifie une action rapide, sans attendre un jugement éventuel des tribunaux internationaux.

Sur le plan financier, la Confédération ferait face à un coût élevé pour mettre en œuvre cette proposition. Selon les estimations, le financement de 20% des taxes douanières pourrait coûter jusqu’à un milliard de francs suisses par an. Cela représente une somme non négligeable, surtout en période de finances fédérales fragiles. Daniel Bloch admet que cette mesure n’est pas idéale pour l’ensemble de l’économie suisse, mais il insiste sur le fait qu’elle est essentielle pour des entreprises spécifiques comme la sienne, qui ne peuvent pas se permettre de réduire leur production.

Enfin, Bloch critique la gestion de la situation par les autorités suisses face à l’administration Trump, soulignant que la Suisse doit améliorer sa préparation face à de tels chocs économiques. « On ne peut pas simplement espérer que les autres vont faire ce qu’on veut », a-t-il conclu, insistant sur la nécessité d’anticiper de futurs scénarios de crise économique.

Laisser un commentaire

Share to...