« L’État pique l’argent », « C’est catastrophique » : la coupe de plusieurs milliards d’euros sur l’assurance chômage inquiète les sénateurs

L’État pourrait prélever plusieurs milliards d’euros supplémentaires dans les caisses de l’Unédic en 2027.

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Unédic
Assurance-chômage : l’Unédic tire la sonnette d’alarme face aux prélèvements de l’État. -Crédit : SIPA | Econostrum.info

L’Assurance chômage pourrait de nouveau être mise à contribution pour participer au redressement des finances publiques. Alors que l’Unédic, l’organisme paritaire qui gère le régime, espérait retrouver une trajectoire de désendettement grâce au retour des excédents, une nouvelle ponction de l’État est envisagée pour le budget 2027. Cette perspective provoque de vives critiques, à droite comme à gauche, certains élus dénonçant une remise en cause du principe de gestion paritaire de l’assurance chômage.

Depuis 2023, l’État prélève une partie des ressources de l’Unédic afin notamment de contribuer au financement des politiques liées à l’emploi et à la formation. Les montants concernés se sont élevés à 2 milliards d’euros en 2023, 2,6 milliards en 2024, 3,35 milliards en 2025 et 4,1 milliards en 2026, soit plus de 12 milliards d’euros sur quatre ans. Selon plusieurs informations, Bercy envisagerait une nouvelle contribution en 2027, avec un montant évoqué pouvant atteindre plusieurs milliards d’euros.

Cette perspective inquiète les responsables de l’Unédic, qui estiment que ces prélèvements ralentissent fortement la réduction de la dette du régime. Selon les projections financières, la dette de l’assurance chômage doit atteindre environ 61,5 milliards d’euros en 2026. Sans les ponctions réalisées par l’État depuis 2023, l’endettement aurait été nettement inférieur.

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Une nouvelle ponction qui alimente la polémique politique

Dans des déclarations rapportées par Public Sénat, plusieurs sénateurs de droite comme de gauche dénoncent le projet d’une nouvelle ponction de l’État dans les comptes de l’Unédic, estimant qu’elle pourrait fragiliser l’équilibre financier de l’assurance chômage La sénatrice LR Frédérique Puissat estime que cette pratique est devenue récurrente et dénonce une situation qui fragilise l’équilibre financier de l’Unédic. « C’est scandaleux, ce qu’il s’est passé entre 2023 et 2026 de façon insidieuse », critique-t-elle, rappelant que l’organisme devait utiliser ses excédents pour réduire sa dette.

Selon elle, une nouvelle ponction pourrait atteindre 2,5 milliards d’euros en 2027, même si d’autres estimations évoquent un montant plus élevé. La sénatrice considère que l’État transforme progressivement l’assurance chômage en variable d’ajustement budgétaire.

Le sénateur centriste Olivier Henno partage cette analyse et critique la méthode employée par le gouvernement. « L’Etat pique l’argent qui sont des cotisations salariales. Ce n’est pas une bonne pratique. C’est catastrophique du point de vue de la méthode », dénonce-t-il.

Pour les opposants à ces prélèvements, le problème est aussi institutionnel : l’Unédic est historiquement gérée par les partenaires sociaux, syndicats et organisations patronales. Ils estiment que retirer une partie de ses ressources revient à limiter son autonomie et à pénaliser une bonne gestion.

Le gouvernement justifie, de son côté, ces prélèvements par les économies attendues grâce aux réformes de l’assurance chômage et par la nécessité de financer certaines politiques publiques liées à l’emploi. L’État rappelle également qu’il peut légalement intervenir sur les ressources affectées au régime.

Des conséquences possibles sur les demandeurs d’emploi

Sur le papier, l’Unédic devait pourtant retrouver une situation plus favorable. Après un déficit prévu de 2,3 milliards d’euros en 2026, l’organisme anticipait un retour à l’excédent avec environ 2,1 milliards d’euros en 2027, puis 4 milliards d’euros en 2028, ce qui devait permettre une reprise progressive du désendettement. Cette trajectoire reste toutefois conditionnée à l’absence de nouveaux prélèvements.

À gauche, la sénatrice socialiste Monique Lubin alerte sur les conséquences indirectes pour les demandeurs d’emploi. « Quand on dit que le gouvernement prévoit une ponction de plusieurs milliards sur l’Unedic, au bout de la chaîne, ce seront les demandeurs d’emploi qui seront ponctionnés », affirme-t-elle.

Elle craint notamment qu’une dégradation des comptes de l’Unédic soit ensuite utilisée pour justifier de nouvelles économies sur l’indemnisation chômage, comme une réduction de la durée ou du montant des allocations.

Les sénateurs opposés aux prélèvements comptent poursuivre leur combat lors des prochains débats budgétaires. Frédérique Puissat souhaite notamment déposer un nouvel amendement visant à protéger l’indépendance financière de l’Unédic, après une précédente tentative censurée par le Conseil constitutionnel pour des raisons de procédure.

Le débat dépasse donc la seule question budgétaire : il porte sur le rôle de l’État dans la gestion de l’assurance chômage et sur l’avenir d’un système historiquement fondé sur le paritarisme

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