La Belgique s’apprête à franchir une nouvelle étape dans la distribution des médicaments. La vente d’antibiotiques à l’unité, annoncée comme mesure expérimentale, devrait entrer en vigueur le 1er octobre, selon les dernières précisions du cabinet du ministre de la Santé Frank Vandenbroucke. Une date encore susceptible d’être ajustée en cas de retard technique ou organisationnel.
L’objectif de cette réforme est double. D’un côté, il s’agit de lutter contre l’antibiorésistance, un phénomène qui réduit l’efficacité des antibiotiques lorsqu’ils sont mal utilisés ou consommés en excès. De l’autre, la mesure vise à limiter le gaspillage de médicaments, en évitant que des boîtes entières restent inutilisées dans les foyers. Aujourd’hui, la dispensation à l’unité existe déjà dans certains cas spécifiques, notamment dans les hôpitaux et les maisons de repos.
Mais son extension aux pharmacies de ville représente un changement important dans l’organisation du secteur.
Une mise en œuvre techniquement complexe
Si la mesure est actée dans son principe, sa mise en pratique nécessite encore plusieurs ajustements. Selon les pharmaciens, différents obstacles techniques et logistiques doivent être levés avant son lancement. Les logiciels de gestion en pharmacie doivent être adaptés pour permettre la délivrance à l’unité. Les emballages doivent également être compatibles avec ce type de distribution, ce qui suppose une adaptation de l’industrie pharmaceutique.
Enfin, les prescriptions médicales devront être rédigées en dénomination commune internationale, avec des indications précises sur la durée du traitement et la posologie.
Des changements concrets en officine
Pour les pharmaciens, cette évolution implique un travail plus long et plus complexe. Chaque délivrance nécessitera de compter les comprimés, de reconditionner les doses et de les étiqueter individuellement. Une organisation plus lourde qui pose aussi la question de la rémunération de cet acte supplémentaire. Les professionnels du secteur alertent également sur les enjeux de traçabilité.
Une fois les boîtes ouvertes, le suivi des lots devient plus complexe, notamment en cas de rappel de médicaments. Des ajustements ont toutefois été prévus afin de limiter ces risques. La vente de médicaments à l’unité reste encore marginale en Europe, même si certains pays comme les Pays-Bas, l’Irlande ou le Royaume-Uni l’ont déjà partiellement adoptée. En dehors de l’Union européenne, elle est largement utilisée aux États-Unis, au Canada ou encore dans certains pays d’Asie et d’Afrique.
Cette différence s’explique notamment par des systèmes de distribution historiquement construits autour de la boîte de médicaments, ce qui rend la transition plus complexe en Europe.
Un potentiel levier contre le gaspillage
Au-delà des contraintes, la mesure pourrait réduire une partie du gaspillage pharmaceutique. En adaptant les quantités délivrées à la durée réelle des traitements, elle limite le nombre de comprimés inutilisés. Elle pourrait également réduire les risques d’automédication avec des restes de traitements. Selon la RTBF, en Belgique, près de 693 kg de médicaments périmés ou non utilisés ont été collectés en 2022, un chiffre qui illustre l’ampleur du phénomène.








