Voir des tonnes de pommes de terre s’accumuler sans acheteur pourrait laisser penser que les frites vont coûter moins cher. Pourtant, au comptoir des friteries, la réalité risque d’être tout autre. Derrière ce décalage, plusieurs mécanismes expliquent pourquoi l’abondance ne rime pas forcément avec baisse des prix.
Cette année, les producteurs font face à un excédent massif de pommes de terre, avec des volumes parfois vendus à des prix très bas, voire proches de zéro sur le marché libre. Pour certains agriculteurs, écouler les stocks devient une priorité face à l’ampleur des quantités disponibles.
Mais ce surplus concerne surtout des variétés industrielles, comme la Fontane, utilisées dans les produits surgelés. Les friteries, elles, privilégient des variétés comme la Bintje, plus adaptées à la friture. Résultat : les pommes de terre en excès ne correspondent pas forcément aux besoins des frituristes.
Des circuits de distribution bien distincts
Toutes les pommes de terre ne suivent pas le même chemin entre le champ et l’assiette. Il existe des circuits séparés entre l’industrie, les supermarchés et les friteries. Chaque filière fonctionne avec ses propres règles et ses propres prix. Ce fonctionnement explique pourquoi une chute des prix chez les producteurs ne se traduit pas directement dans le prix d’un cornet de frites.
Le poids limité de la pomme de terre dans le prix final des frites
Dans un cornet de frites, la pomme de terre ne représente qu’une petite part du prix, environ 10 %. Le reste correspond à des coûts comme l’énergie, le personnel ou encore l’entretien du matériel. Or, ces dépenses ont augmenté ces derniers mois. Pour les friteries, cela pèse bien plus lourd que le prix de la matière première. Même avec des pommes de terre moins chères, l’addition globale ne diminue pas, explique Paris Match Belgique.
Des prix fixés bien avant la récolte
Une grande partie des pommes de terre destinées à l’industrie est vendue à l’avance, via des contrats. Ces accords fixent les prix plusieurs mois, voire un an, avant la récolte. Aujourd’hui, certains acteurs travaillent encore avec des stocks achetés à des tarifs élevés. Les pommes de terre bon marché disponibles actuellement ne représentent qu’une petite part du marché.
Elles ne suffisent pas à compenser les coûts déjà engagés, notamment dans la transformation et la distribution.
Des initiatives pour soutenir les producteurs
Face à ces surplus, plusieurs initiatives voient le jour pour aider les agriculteurs. En Flandre, une campagne encourage les consommateurs à acheter directement chez les producteurs. L’objectif est simple : écouler les stocks et soutenir la filière locale. En Wallonie, plus de 200.000 tonnes de pommes de terre restent sans débouché clair.
Des appels à consommer local se multiplient, tandis que certaines actions solidaires permettent de redistribuer une partie des excédents.








