À l’approche de la préparation du budget 2027, les dépenses liées aux rémunérations des agents publics font partie des sujets examinés par l’administration. Le système indemnitaire de la fonction publique de l’État occupe une place croissante dans les rémunérations, avec une multitude de dispositifs parfois très anciens ou destinés à un nombre limité d’agents. Un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) propose donc plusieurs pistes pour rationaliser cet ensemble.
Le constat concerne directement les finances publiques. En 2025, les primes et indemnités représentaient plus du quart de la rémunération totale des agents de la fonction publique, contre environ 20 % dix ans auparavant. La masse salariale de l’État atteignait alors 76,5 milliards d’euros, dont 19,1 milliards d’euros correspondant à la rémunération indemnitaire.
Près de 20 milliards d’euros consacrés aux primes en 2025
Selon les données reprises dans le rapport, la part indemnitaire a fortement progressé en dix ans. Elle est passée d’environ 12 milliards d’euros en 2015 à 19,1 milliards en 2025, soit une hausse de plus de 60 %. Dans le même temps, la rémunération indemnitaire moyenne d’un agent de l’État a augmenté de 32,7 % entre 2020 et 2025, contre seulement 6,6 % pour la rémunération principale.
Cette évolution s’explique notamment par le recours accru aux primes pour accompagner les transformations des métiers et compenser les effets de l’inflation au sein de la fonction publique. Elle intervient alors que la valeur du point d’indice, qui sert de base au calcul du traitement indiciaire des fonctionnaires, n’a pas été revalorisée depuis 2023. La dernière hausse générale avait atteint 1,5 % au 1er juillet 2023, après une précédente augmentation de 3,5 % en 2022.
Le système reste toutefois particulièrement complexe. L’IGF a recensé 543 dispositifs indemnitaires en 2025 pour près de 2 millions d’agents de l’État. Le nombre a diminué depuis 2015, lorsqu’il atteignait 628, notamment sous l’effet de la mise en place du RIFSEEP, mais cette rationalisation n’a pas empêché la multiplication de dispositifs spécifiques.
Les écarts sont également importants entre administrations. En 2025, la rémunération indemnitaire représentait environ 19 % de la rémunération à l’Éducation nationale, contre jusqu’à 67 % au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.

Des primes ciblées par l’Inspection générale des finances
Parmi les dispositifs de la fonction publique examinés, l’indemnité de résidence à l’étranger apparaît comme l’un des principaux points d’attention. Elle a bénéficié en 2025 à 6 299 agents, essentiellement affectés au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, pour un coût total de 486 millions d’euros. Le montant moyen atteint environ 77 000 euros bruts par bénéficiaire et par an.
L’IGF estime que cette indemnité peut, dans certains cas, dépasser la stricte compensation des charges liées à l’expatriation. Elle recommande notamment d’évaluer les montants pays par pays afin de déterminer si les sommes versées correspondent toujours aux conditions locales.
Le forfait télétravail, créé en 2021 pendant la crise sanitaire pour compenser certaines dépenses supplémentaires liées au travail à domicile, fait également partie des dispositifs questionnés. En 2025, il concernait 243 000 agents pour un coût de 30 millions d’euros. L’IGF estime que son maintien mérite d’être réexaminé, notamment lorsque le télétravail résulte du choix de l’agent plutôt que d’une contrainte imposée par l’administration.
Le forfait mobilité durable représente quant à lui 63 millions d’euros pour 231 000 agents en 2025. L’IGF souligne cependant l’absence de données suffisantes permettant de mesurer précisément l’efficacité du dispositif.
Plus largement, les inspections identifient un potentiel de simplification : 185 primes concernent moins de 100 agents, tandis que 22 dispositifs représentent moins de 100 euros par bénéficiaire. Environ 10 % des primes ont par ailleurs été créées avant 1970. Le rapport invite ainsi l’État à limiter la création de nouveaux dispositifs, à fusionner certaines primes et à revoir celles dont la justification ou l’efficacité apparaissent aujourd’hui moins évidentes. Ces propositions ne constituent toutefois pas encore des suppressions décidées : elles devront être arbitrées par le gouvernement dans le cadre des prochains choix budgétaires.








