Vers une TVA à 10% ? Faire ses achats en Suisse pourrait bientôt coûter plus cher aux ménages

Plusieurs hausses de TVA sont envisagées à Berne pour financer différents projets. Les détaillants redoutent déjà leurs effets sur les consommateurs et le commerce suisse.

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Vers une TVA à 10% ? Faire ses achats en Suisse pourrait bientôt coûter plus cher aux ménages : Crédit : Shutterstock | Econostrum.info - Suisse

La taxe sur la valeur ajoutée occupe une place centrale dans le financement des finances publiques en Suisse. Prélevée sur une grande partie des biens et services consommés quotidiennement, elle représente l’une des principales sources de revenus de la Confédération. 

Alors que plusieurs projets de financement sont actuellement débattus à Berne, une nouvelle augmentation de la TVA est envisagée dans les prochaines années. Cette perspective suscite de vives inquiétudes dans le commerce de détail, où l’on redoute des conséquences directes sur le pouvoir d’achat des ménages et sur la compétitivité des entreprises suisses.

Plusieurs projets de financement pourraient faire grimper la TVA

Depuis son introduction en 1995, la TVA a connu plusieurs ajustements successifs. Initialement fixée à 6,5%, elle atteint aujourd’hui 8,1%. Une nouvelle hausse est désormais sur la table dans le cadre de différents projets examinés au niveau fédéral.

Le premier concerne le financement des dépenses militaires. Face aux besoins supplémentaires identifiés pour l’armée suisse, le Conseil fédéral prévoit une augmentation de la TVA de 0,8 point à partir de 2028. Cette mesure doit permettre de dégager des ressources additionnelles pour renforcer les capacités de défense du pays.

Cette hausse ne constitue toutefois qu’une partie des discussions en cours. D’autres propositions pourraient également peser sur le taux de TVA dans les années à venir. Parmi elles figure le financement de la 13e rente AVS, qui pourrait nécessiter une augmentation comprise entre 0,5 et 0,9 point. À cela s’ajoute encore une hausse supplémentaire de 0,4 point évoquée pour soutenir l’assurance-invalidité.

Pris séparément, ces relèvements peuvent sembler limités. Ensemble, ils alimentent toutefois les préoccupations d’une partie du monde économique. Dans un communiqué, la Fédération suisse du commerce de détail estime que la Suisse pourrait progressivement se rapprocher d’un taux de TVA de 10%.

Pour les représentants du secteur, cette perspective traduit une tendance plus large observée depuis plusieurs années. Selon Patrick Erny, directeur de la Fédération suisse du commerce de détail, la TVA est devenue un outil privilégié pour financer de nouvelles dépenses publiques. Il considère que cette solution est régulièrement retenue parce qu’elle apparaît moins visible pour les contribuables qu’une augmentation d’autres impôts.

Les chiffres montrent l’importance croissante de cette taxe dans les finances fédérales. L’an dernier, la Confédération a encaissé 27,6 milliards de francs grâce à la TVA. Cette somme représente près d’un tiers de l’ensemble des recettes fédérales, illustrant le rôle stratégique de cet impôt dans le fonctionnement de l’État.

Les détaillants redoutent un impact sur la consommation et le tourisme d’achat

Au-delà du débat budgétaire, les commerçants s’inquiètent surtout des effets concrets qu’une augmentation de la TVA pourrait avoir sur l’économie nationale. Une hausse du taux se traduit mécaniquement par une augmentation du prix final payé par les consommateurs sur de nombreux produits et services.

Pour le commerce de détail, cette évolution intervient dans un contexte déjà marqué par une forte concurrence, notamment dans les régions frontalières. Les enseignes suisses font face depuis plusieurs années à un phénomène de tourisme d’achat qui pousse une partie des consommateurs à effectuer leurs courses à l’étranger afin de bénéficier de prix plus avantageux.

Les détaillants s’appuient notamment sur une étude réalisée par l’Université de Saint-Gall. Selon cette analyse relayée par Blick, les ménages suisses dépensent déjà environ 4 milliards de francs par an pour des achats alimentaires effectués dans les pays voisins. Cette somme témoigne de l’ampleur du phénomène et des difficultés auxquelles sont confrontés certains commerces locaux.

Dans ce contexte, une hausse supplémentaire de la TVA pourrait renforcer l’écart de prix entre la Suisse et les pays limitrophes. Les représentants du secteur estiment qu’un renchérissement de la consommation sur le territoire national risque d’inciter davantage de consommateurs à traverser les frontières pour réaliser leurs achats.

Les commerces situés près de l’Allemagne, de la France, de l’Italie ou de l’Autriche pourraient être particulièrement concernés. Les entreprises étrangères installées dans ces zones bénéficieraient alors d’un avantage concurrentiel supplémentaire auprès d’une clientèle suisse sensible aux différences de prix.

La Fédération suisse du commerce de détail juge cette situation préoccupante à plusieurs niveaux. Selon elle, les consommateurs verraient leur pouvoir d’achat davantage sollicité, tandis que les commerces physiques du pays devraient composer avec une concurrence extérieure encore plus forte. Les détaillants estiment également que cette dynamique pourrait avoir des répercussions sur l’économie nationale dans son ensemble.

Patrick Erny plaide pour une autre approche du financement public. Tout en reconnaissant la nécessité de répondre à certains besoins, notamment dans le domaine de la défense, il considère que des efforts devraient être réalisés en matière de priorisation budgétaire, d’efficacité administrative et de réformes structurelles. Selon lui, la Confédération dispose de marges de manœuvre qui mériteraient d’être explorées avant de recourir à de nouvelles augmentations de la TVA.

Le débat est désormais lancé et devrait occuper une place importante dans les discussions politiques des prochaines années. Entre impératifs financiers de l’État et préoccupations économiques des entreprises, la question de la TVA s’annonce comme l’un des dossiers sensibles de l’agenda fédéral.

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