Le travail à temps partiel est devenu une tendance marquante sur le marché du travail suisse, avec près de 40 % des actifs optant pour cette forme d’emploi. Si cette évolution témoigne d’une flexibilité accrue pour les travailleurs, elle met également en lumière des inégalités persistantes, notamment selon le sexe, la profession et la phase de vie.
Depuis 1991, la proportion de travailleurs à temps partiel a fortement augmenté, bien que des disparités demeurent entre hommes et femmes, et entre les différents secteurs d’activité. Cette évolution, qui place la Suisse parmi les leaders européens du travail partiel, mérite une analyse plus approfondie pour comprendre ses causes et ses impacts.
Le temps partiel en Suisse : une forte croissance, mais des inégalités marquées
Le travail à temps partiel a connu une progression constante en Suisse, avec près de 1,9 million de personnes concernées en 2024, selon l’Enquête suisse sur la population active (ESPA). En 2024, 38,4 % des actifs en Suisse travaillent à temps partiel, une augmentation de 13 points par rapport à 1991.
Cette tendance s’est accélérée ces dernières décennies, mais les changements ne sont pas uniformes. Si le travail à temps partiel est désormais un choix répandu, il est également influencé par des facteurs sociaux, notamment le sexe, la profession et la situation familiale.
En ce qui concerne le sexe, les femmes restent majoritairement concernées par le temps partiel. En 2024, 74,9 % des mères vivant avec un enfant dans le ménage travaillaient à temps partiel, contre seulement 14,3 % des pères. Cette forte proportion chez les femmes s’explique principalement par les responsabilités familiales. En effet, les mères, en particulier celles avec des enfants de moins de 4 ans, ont plus souvent recours à cette forme de travail pour concilier vie professionnelle et obligations familiales.
Toutefois, on observe une tendance à la baisse de la part de femmes travaillant à temps partiel lorsque leurs enfants grandissent, ce phénomène étant également visible chez les hommes. Par exemple, le taux de temps partiel chez les pères baisse de 16,4 % pour les enfants de moins de 4 ans à 10 % lorsque les enfants ont entre 13 et 17 ans.
Le travail à temps partiel : une question de profession et d’âge
Outre les facteurs liés à la famille, la profession joue un rôle déterminant dans la décision de travailler à temps partiel. Les secteurs des services, de la vente et les emplois peu qualifiés enregistrent les taux les plus élevés de travail à temps partiel. Dans ces secteurs, plus de la moitié des travailleurs ne sont pas employés à 100 %.
Les professions intellectuelles, scientifiques et de bureau suivent cette tendance, avec des taux de temps partiel dépassant les 40 %. A contrario, certains secteurs, comme l’industrie, les métiers de montage ou les métiers artisanaux, continuent de privilégier le travail à plein temps, avec des taux de temps partiel avoisinant les 15 à 20 %. Les cadres sont également moins nombreux à opter pour le temps partiel, reflétant la norme du travail à plein temps dans ces fonctions.
L’âge des travailleurs est également un facteur clé dans l’adoption du travail à temps partiel. Alors que 28 % des jeunes de 15 à 24 ans choisissent cette option, ce taux augmente considérablement chez les travailleurs plus âgés, atteignant près de 43 % chez ceux de 55 à 64 ans. Cette évolution est souvent liée à un désir de mieux gérer l’équilibre travail-vie personnelle à l’approche de la retraite, ou à des raisons de santé ou de bien-être.
La Suisse en comparaison internationale
En comparaison avec les autres pays européens, la Suisse fait figure de pionnière en matière de travail à temps partiel, comme l’indique Watson. Avec 41,5 % d’actifs travaillant à temps partiel, elle se place juste derrière les Pays-Bas (42,8 %) et bien au-dessus de la moyenne européenne qui se situe à 18,7 %. Les pays voisins comme l’Autriche (31,3 %) et l’Allemagne (30,6 %) affichent des taux plus élevés, mais restent loin derrière la Suisse. En revanche, des pays comme la France (17,5 %) et l’Italie (17 %) enregistrent des taux bien plus bas.
Ce phénomène est particulièrement visible en Suisse, où de nombreux travailleurs choisissent volontairement de réduire leur taux d’activité. Cependant, environ 254 000 personnes en Suisse sont considérées comme sous-employées, désireuses de travailler davantage et disponibles pour le faire dans les trois mois. Ce sous-emploi touche particulièrement les femmes, qui, malgré leur volonté de travailler davantage, n’ont pas accès à des opportunités correspondant à leurs aspirations professionnelles.








