Travail à temps partiel : Le dilemme à 8 milliards de francs du gouvernement suisse sur les seniors

En Suisse, une proportion importante des plus de 50 ans choisit de réduire leur temps de travail pour des raisons de qualité de vie. Une tendance qui pourrait nuire à l’économie.

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Travail à temps partiel : Le dilemme à 8 milliards de francs du gouvernement suisse sur les seniors : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

En Suisse, une tendance surprenante émerge sur le marché du travail : ce ne sont pas les jeunes générations, mais bien les travailleurs de plus de 50 ans qui optent le plus pour des emplois à temps partiel. Cette tendance est alimentée par un désir de privilégier le temps libre, plutôt que par des contraintes financières. 

Selon une étude récente commandée par l’Union patronale suisse (UPS), ce phénomène pourrait avoir des répercussions économiques considérables pour le pays. Loin d’être un simple choix individuel, le travail à temps partiel chez les seniors reflète un potentiel inexploité dans le marché du travail suisse.

Le temps partiel chez les plus de 50 ans, un choix de mode de vie

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sont pas les jeunes de la génération Z, mais bien les plus de 50 ans qui réduisent le plus leur taux d’activité, et ce, principalement pour des raisons de style de vie. D’après les données de l’Enquête suisse sur la population active, 7 % des travailleurs âgés de 50 à 54 ans n’ont aucun intérêt à travailler à plein temps. Cette proportion grimpe à plus de 10 % chez les 55-59 ans, et atteint 13 % chez les plus de 60 ans. Ainsi, ces travailleurs privilégient leur temps libre, et leur choix de réduire leur activité professionnelle n’est pas simplement une question financière, mais bien un choix personnel lié à la qualité de vie.

Patrick Chuard-Keller, économiste en chef de l’UPS, explique que ce phénomène est plus marqué chez les travailleurs plus âgés que chez les jeunes générations. Selon lui, « le plus grand potentiel de main-d’œuvre inexploité lié au travail à temps partiel se trouve chez les plus de 50 ans », relate Blick. Il souligne que si cette population augmentait son taux d’activité, cela pourrait représenter environ 86 000 équivalents plein-temps. Cela montre que, bien que bien intégrée dans le tissu économique, cette tranche d’âge reste largement sous-exploitée en raison de ce choix de mode de vie.

Les raisons de ce phénomène sont multiples. Un salaire plus élevé, un patrimoine plus important et une carrière bien établie permettent à ces travailleurs de se permettre de réduire leur activité sans risque financier immédiat. Ces travailleurs, souvent diplômés et ayant atteint un niveau de rémunération plus élevé, sont donc surreprésentés dans le travail à temps partiel volontaire.

Les conséquences économiques du travail à temps partiel chez les seniors

Le choix des plus de 50 ans de travailler moins a un impact qui va bien au-delà du cercle privé. D’un point de vue économique, il pourrait représenter une perte de revenus conséquente pour l’économie suisse. Selon l’étude de l’UPS, si ces travailleurs choisissaient de revenir à temps plein, cela pourrait générer une augmentation de 8 milliards de francs du volume salarial brut annuel, soit environ 1 % du produit intérieur brut (PIB) du pays. La majeure partie de ce gain proviendrait des plus de 50 ans. Cette augmentation représenterait entre 2 et 3 milliards de francs supplémentaires pour les finances publiques et les assurances sociales.

Il est évident que le travail à temps partiel chez les plus de 50 ans, bien que perçu comme un choix légitime, a des répercussions collectives. Il ne s’agit pas simplement de réduire son activité de manière privée. « Ce choix, via les impôts, les cotisations et les mécanismes de redistribution, a un impact sur l’ensemble de la société », rappelle Patrick Chuard-Keller. Il pointe également une question d’équité, certains travailleurs choisissent de réduire leur activité bien qu’ils aient encore la possibilité de travailler davantage, ce qui impacte les finances publiques et la solidarité sociale.

L’économiste suggère que, face à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, il serait judicieux de mobiliser ce potentiel inexploité. En effet, alors que de nombreuses générations partent à la retraite, les entreprises continuent de lutter pour recruter des travailleurs qualifiés. Selon lui, il serait relativement facile de stimuler ce réservoir de main-d’œuvre déjà actif, en offrant des incitations ciblées, comme la réduction de certaines taxes ou des ajustements dans les aides sociales.

Malgré cela, l’économiste appelle à la prudence. Il souligne que ce potentiel ne pourra pas être entièrement exploité, et que la Suisse devra continuer de compter sur l’immigration pour compléter son marché du travail, notamment dans des secteurs où la demande de main-d’œuvre est particulièrement élevée.

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