Jusqu’à 50’000 personnes concernées : la Suisse teste une nouvelle formule pour répondre à la pénurie de personnel 

Entre besoins de recrutement et intégration professionnelle, un nouveau modèle pourrait bientôt être testé dans ces secteurs suisses.

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Jusqu’à 50’000 personnes concernées : la Suisse teste une nouvelle formule pour répondre à la pénurie de personnel : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

La difficulté à recruter continue de peser sur l’hôtellerie et la restauration en Suisse, malgré une activité soutenue dans de nombreuses régions du pays. Face à cette situation, les organisations professionnelles du secteur cherchent des solutions capables de répondre aux besoins immédiats des entreprises tout en favorisant l’intégration sur le marché du travail. 

Une nouvelle proposition présentée au Conseil fédéral mise désormais sur un public déjà présent en Suisse mais encore peu intégré dans certains parcours professionnels. Le projet, porté par GastroSuisse et HotellerieSuisse, pourrait faire l’objet d’une première phase de test dès cet automne.

Une formation d’un an pour rapprocher les réfugiés des métiers de la restauration

Les associations GastroSuisse et HotellerieSuisse souhaitent lancer un nouveau dispositif destiné à faciliter l’accès des réfugiés aux métiers de l’hôtellerie et de la restauration. Leur proposition a été présentée au conseiller fédéral Beat Jans dans le cadre d’une réflexion plus large sur les tensions persistantes du marché du travail dans ces secteurs.

Le principe repose sur un modèle de formation professionnalisant combinant emploi et apprentissage. Selon les informations rapportées par le Tages-Anzeiger, les participants suivraient un parcours d’une durée d’un an directement au sein d’établissements de la branche.

Le programme commencerait par quelques semaines de formation de base avant une intégration progressive dans l’entreprise. Le rythme envisagé est structuré autour de quatre jours de travail par semaine et d’une journée dédiée à la formation.

Cette cinquième journée serait consacrée à l’apprentissage de la langue ainsi qu’à des modules de théorie professionnelle. Pour construire ce dispositif, les associations entendent s’appuyer sur une combinaison adaptée des programmes existants Gastro Go et Progresso.

L’objectif affiché est de lever certains freins qui compliquent aujourd’hui l’accès à la formation dans ces métiers. Les difficultés linguistiques ou l’absence de certains prérequis empêchent régulièrement les personnes réfugiées d’entrer dans les parcours classiques.

À l’issue de cette année, plusieurs débouchés seraient possibles. Les participants pourraient rester employés dans l’établissement qui les a accueillis, poursuivre avec un apprentissage traditionnel ou utiliser les compétences acquises pour rejoindre un autre secteur.

Pour Beat Imhof, président de GastroSuisse, cette approche pourrait également contribuer à répondre aux enjeux liés au débat sur l’évolution démographique et les besoins futurs de main-d’œuvre en Suisse. GastroSuisse et HotellerieSuisse se sont d’ailleurs positionnées contre l’initiative de l’UDC visant une Suisse à 10 millions d’habitants.

Un projet ciblé sur les bénéficiaires du statut S avec un soutien financier des cantons

Le projet vise les personnes qui disposent déjà d’une autorisation de travailler en Suisse dans le cadre de leur statut de séjour. En pratique, il concerne principalement les ressortissants ukrainiens bénéficiant du statut de protection S.

Introduit après le début de la guerre en Ukraine en 2022, ce statut permet un accès facilité au marché du travail tout en offrant une protection temporaire. Selon Beat Imhof, le potentiel d’intégration pourrait concerner jusqu’à 50’000 personnes en Suisse.

Le financement du dispositif repose sur une répartition entre les pouvoirs publics et les entreprises participantes. Durant les six premiers mois, le salaire des participants serait pris en charge grâce aux fonds fédéraux attribués aux cantons pour les mesures d’intégration.

À partir du second semestre, les employeurs prendraient le relais avec le versement du salaire minimum prévu par la Convention collective nationale de travail (CCNT).

D’après les modalités présentées, les travailleurs termineraient leur année avec une rémunération supérieure de 300 francs au salaire minimum habituel fixé à 3713 francs.

Le calendrier donne aussi une dimension particulière à cette proposition. Après cinq années sous statut S, les bénéficiaires passent vers un permis B, ouvrant davantage de droits liés à l’aide sociale.

Comme les premiers réfugiés ukrainiens sont arrivés en Suisse en 2022, plusieurs cantons anticipent déjà les conséquences de cette transition à partir du début de l’année 2027, explique 20 Minutes. Certains ont récemment signalé une pression potentielle sur leurs systèmes sociaux.

Dans ce contexte, favoriser un accès plus rapide au travail est perçu par les porteurs du projet comme une manière de renforcer l’autonomie économique des personnes concernées tout en répondant aux besoins des employeurs.

Bâle-Ville et Lucerne ont déjà indiqué leur intérêt pour participer à une phase pilote dès l’automne. Selon Beat Imhof, cette étape doit permettre d’évaluer concrètement l’efficacité du modèle avant d’envisager un déploiement plus large à travers la Suisse.

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