Les primes de maladie en Suisse continuent d’augmenter, alimentant l’inquiétude de nombreux assurés. En 2025, la hausse des primes devrait atteindre entre 4 % et 5 % à l’échelle nationale, selon les comparateurs, bien que des estimations plus modérées évoquent une augmentation de 2,7 %.
Cette tendance générale s’applique à presque tous les cantons, sauf un : Zoug. Dans ce canton, une décision spectaculaire a été prise, qui pourrait influencer la dynamique des primes à l’échelle nationale. En effet, entre 2026 et 2027, Zoug couvrira presque la totalité des frais d’hospitalisation pour ses habitants, une initiative qui pourrait réduire significativement les primes, tout en soulevant de nombreuses questions.
Une réduction historique des primes à Zoug
Le canton de Zoug, connu pour sa prospérité économique et ses excédents fiscaux, a adopté une mesure unique dans le pays : la prise en charge de 99 % des frais d’hospitalisation pour ses résidents. Contrairement à la norme suisse, qui impose aux cantons de couvrir au minimum 55 % des coûts liés aux séjours hospitaliers, Zoug a décidé de franchir un seuil inédit en augmentant sa part à 99 %. Cette décision est d’autant plus significative qu’elle concerne des coûts estimés à 220 millions de francs pour la période 2026-2027, une somme qui devrait alléger considérablement la charge des assurés zougois.
L’impact de cette mesure est indéniable sur le budget cantonal, mais elle s’inscrit dans une logique de gestion des excédents. En 2024, Zoug a enregistré des recettes fiscales supplémentaires de 310 millions de francs, et une partie de cet excédent sera utilisé pour financer cette réduction des primes. Ce n’est pas la première fois que Zoug cherche à utiliser ses surplus financiers de manière proactive. Heinz Tännler, ministre cantonal des Finances, a affirmé que « l’argent doit sortir du temple », soulignant la nécessité d’investir dans des mesures concrètes pour bénéficier aux résidents tout en dynamisant l’économie locale.
Outre cette prise en charge des frais hospitaliers, la ville de Zoug prévoit également d’utiliser ses excédents pour des projets d’infrastructure, tels que l’acquisition d’une villa de 5500 mètres carrés destinée à agrandir une piscine publique. Ainsi, cette décision semble marquer un tournant dans la gestion des finances publiques dans un canton qui a la particularité de vivre sur un excédent budgétaire constant.
Bien que cette mesure n’affecte qu’une petite fraction de la population suisse (environ 1,5 % des habitants du pays), elle a néanmoins un impact direct sur la moyenne des primes de l’ensemble du pays. Les experts du Centre de recherches conjoncturelles (KOF) estiment que cette réduction zougoise pourrait abaisser la moyenne nationale des primes de 0,2 à 0,3 point de pourcentage.
Les critiques et les conséquences inattendues de cette mesure
Malgré ses avantages apparents pour les résidents de Zoug, cette décision suscite des critiques. Plusieurs personnalités politiques et experts du domaine de la santé remettent en question l’efficacité et les conséquences à long terme d’une telle mesure. La conseillère nationale verte de Zoug, Manuela Weichelt, exprime des préoccupations sur l’incitation qu’elle pourrait créer. Elle considère que cette approche, qui favorise l’hospitalisation au détriment des soins ambulatoires et à domicile, est contre-productive. Elle rappelle que la Confédération suisse a opté pour un renforcement des soins à domicile et de la médecine ambulatoire, des objectifs que cette mesure zougoise semble ignorer, rapporte Blick.
De même, Carina Brüngger, députée du Parti libéral-radical et directrice de l’association Spitex à Zoug, exprime des réserves sur l’impact de cette politique. Selon elle, l’accès facilité aux soins hospitaliers pourrait conduire à une multiplication des interventions chirurgicales, même pour des cas non urgents. Elle craint également que, face à la prise en charge quasi totale des frais hospitaliers, les patients préfèrent prolonger leur séjour à l’hôpital plutôt que de recourir à des soins à domicile, ce qui pourrait générer des coûts additionnels pour le système.
En outre, la mesure pourrait perturber l’équilibre des services de santé dans le canton. En effet, les soins à domicile, notamment les services proposés par Spitex, entraînent des frais supplémentaires pour les patients. Cette situation pourrait inciter certains résidents à éviter ces soins à domicile pour préférer l’hôpital, où les frais sont couverts presque intégralement. Ce phénomène pourrait mettre sous pression les établissements hospitaliers, déjà confrontés à des demandes croissantes de soins.








