En Suisse, le coût du logement est devenu un sujet central dans les discussions économiques et sociales. Traditionnellement, la règle du tiers préconisait que les ménages ne consacrent pas plus d’un tiers de leur revenu net au logement. Cependant, cette règle, qui était jadis une norme de gestion budgétaire, semble aujourd’hui déconnectée de la réalité pour une grande partie de la population.
Entre hausse continue des loyers et pénurie de logements, de nombreux Suisses se retrouvent contraints de dépasser largement cette limite. La situation devient encore plus préoccupante lorsque des familles doivent allouer une part substantielle de leurs revenus à d’autres dépenses essentielles, comme l’assurance maladie et l’alimentation.
La réalité du marché immobilier : un poids croissant sur les ménages
Le principe de la règle du tiers repose sur une idée simple : permettre aux ménages de disposer d’une marge suffisante pour d’autres dépenses essentielles. Cependant, pour de nombreux Suisses, cette règle est désormais intenable. Des témoignages récents révèlent que des familles consacrent parfois près de la moitié de leurs revenus au logement, selon 20 Minuten.
Dans un contexte où les loyers des nouvelles locations ont augmenté de manière significative depuis 2022, la situation se dégrade encore pour les ménages qui doivent déménager. Si les loyers des logements existants sont restés relativement stables, ceux des nouveaux appartements affichent des hausses vertigineuses, parfois supérieures à 30 %. Ce phénomène n’est pas pleinement reflété dans les statistiques officielles, car celles-ci ne prennent en compte que les loyers des personnes qui ne déménagent pas. Mais pour ceux qui changent de logement, la réalité est bien différente : les loyers représentent désormais une part beaucoup plus importante de leur budget. Cette tendance à l’augmentation des loyers a un impact non négligeable sur la qualité de vie des locataires, qui doivent renoncer parfois à certaines activités sociales pour faire face à ces dépenses.
Un coût de la vie exacerbé et des répercussions sur la santé
Les conséquences de ces dépenses élevées ne se limitent pas à un simple déséquilibre financier. De nombreux ménages, notamment ceux à bas revenus, sont contraints de sacrifier d’autres besoins essentiels pour pouvoir payer leur loyer. Les familles avec des revenus modestes doivent souvent renoncer à des dépenses cruciales, comme la nourriture, les soins de santé ou même l’achat de vêtements.
Ce manque de ressources a un effet direct sur la santé des ménages, car ces sacrifices constants peuvent engendrer des problèmes de santé mentale et physique. Le stress lié à la gestion des finances, combiné à une mauvaise alimentation ou à un accès limité aux soins de santé, peut altérer gravement la qualité de vie des personnes touchées.
La règle du tiers, bien qu’encore appliquée dans certains programmes de logement, reste largement pertinente pour les familles de la classe moyenne. Mais pour les ménages à faibles revenus, cette norme n’est plus réaliste. La situation est d’autant plus critique que les logements bon marché se font de plus en plus rares, augmentant la pression sur ceux qui n’ont pas la possibilité d’opter pour des logements plus chers.
Repenser la règle du tiers : des solutions pour un marché du logement plus accessible
Face à cette situation préoccupante, des solutions commencent à émerger. Pour certains experts, la règle du tiers doit être réévaluée en fonction des réalités économiques actuelles. Robert Weinert, directeur de la recherche chez un cabinet immobilier zurichois, recommande de rester dans son logement actuel le plus longtemps possible pour éviter l’augmentation des loyers sur le marché. Si déménagement il y a, il suggère d’élargir le champ de recherche géographique, notamment grâce au télétravail, ou encore d’opter pour des solutions comme la colocation, qui permet de réduire les charges.
Cependant, ces solutions ont leurs limites. L’une des raisons majeures de la pénurie de logements abordables réside dans le fait que de nombreuses personnes ne cherchent pas activement des logements plus petits ou adaptés à leurs besoins changeants, notamment après le départ des enfants. Cette situation contribue à la rareté des logements disponibles et aggrave la crise du logement. De plus, il serait essentiel de revoir les politiques publiques en matière de logement afin de favoriser la construction de logements accessibles tout en offrant des subventions ciblées aux ménages les plus vulnérables.








