La pression financière liée à l’assurance maladie devient insoutenable pour une large partie de la population suisse. L’annonce d’une hausse moyenne des primes de 4,4 % pour 2026 a relancé le débat autour de la mise en place d’une caisse maladie unique.
Longtemps rejetée dans les urnes, cette option convainc désormais une majorité transversale d’électeurs, toutes tendances politiques confondues. Ce regain d’intérêt coïncide avec un rejet marqué de toute réduction du nombre d’hôpitaux, souvent évoquée pour limiter les coûts du système.
Une hausse des primes qui touche tous les ménages
Le dernier sondage mené par 20 Minuten et Tamedia via l’institut LeeWas GmbH, effectué peu après l’annonce du Conseil fédéral, révèle que 53 % des sondés estiment que la hausse des primes pèsera lourdement sur leur budget en 2026. Pour 9 % d’entre eux, cette augmentation sera particulièrement difficile à absorber, et 5 % se disent tout simplement incapables de faire face financièrement. Même les foyers les plus aisés ne sont pas épargnés : 30 % des ménages dont le revenu dépasse 16 000 francs mensuels reconnaissent ressentir les effets de cette augmentation.
Ces résultats mettent en lumière une évolution importante de la perception du système actuel. Ce n’est plus seulement une partie vulnérable de la population qui s’inquiète, mais une majorité, quel que soit le niveau de revenu. Cela reflète un malaise croissant face à un modèle jugé inefficace pour maîtriser l’évolution des coûts. Bien que 28 % des personnes interrogées déclarent ne pas être fortement affectées par cette hausse, l’inquiétude semble suffisamment généralisée pour nourrir un changement d’opinion sur des propositions de réforme auparavant impopulaires.
Un consensus inédit autour de la caisse unique
La proposition d’une caisse maladie unique, rejetée à deux reprises par les urnes, recueille désormais l’adhésion de 68 % des Suisses (45 % favorables et 23 % plutôt favorables). Ce soutien traverse toutes les générations et s’accroît même avec le niveau de revenu. Fait notable, la convergence est également politique : les sympathisants de gauche, sans surprise, y sont majoritairement favorables (83 % au PS, 70 % chez les Verts), mais la droite affiche également un soutien significatif (62 % à l’UDC, 57 % au PLR). Le Centre se positionne également en faveur à 69 %, traduisant une large approbation au sein de l’électorat.
Ce ralliement reflète à la fois une fatigue face à la complexité et aux coûts du système actuel, mais aussi une attente de transparence et de justice sociale. Dans cette perspective, le Parti socialiste prépare une initiative visant à lier le montant des primes à celui du revenu. Selon les projections du parti, 85 % de la population verrait ses primes baisser, et les enfants de moins de 18 ans seraient totalement exemptés. Le texte final doit être adopté lors du congrès du PS prévu le 25 octobre.
En revanche, la volonté de maîtrise des coûts ne trouve pas d’écho lorsqu’il s’agit de réduire le nombre d’hôpitaux. La majorité des sondés (58 %) rejette cette option, qu’ils considèrent comme une menace potentielle à l’accès aux soins. Cette opposition est particulièrement marquée chez les plus jeunes (25 % d’approbation seulement chez les 18-34 ans), tandis que les retraités sont plus ouverts (48 % favorables). Sur le plan politique, seuls les électeurs du Parti vert’libéral y sont majoritairement favorables (56 %), quand les adhérents UDC s’y opposent massivement à 68 %.
Ce contraste entre le soutien à la caisse unique et le rejet d’une réforme hospitalière suggère que les Suisses souhaitent des solutions structurelles sans compromis sur la qualité ou la proximité des soins. L’enjeu principal pour les partis politiques sera donc de proposer une réforme du financement sans toucher à l’organisation territoriale du système de santé.








