Le système de facturation de la physiothérapie en Suisse s’apprête à évoluer après des années de tensions entre professionnels et assureurs. Longtemps critiqué, le modèle actuel ne reflète plus la réalité des soins ni l’évolution des pratiques thérapeutiques.
Un accord vient d’être trouvé entre les principaux acteurs du secteur, marquant une étape importante pour cette discipline très sollicitée. Cette réforme, encore soumise à validation politique, pourrait changer concrètement la manière dont les traitements sont facturés et compris par les patients.
Un accord inédit après des années de blocage
La physiothérapie occupe une place centrale dans le système de santé suisse. Elle est souvent privilégiée avant des interventions plus lourdes, notamment en cas de douleurs dorsales, mais intervient aussi dans le suivi de pathologies comme le diabète, les troubles cardiovasculaires ou encore la dépression. Une étude récente de la Haute école spécialisée bernoise a d’ailleurs confirmé son efficacité dans plusieurs de ces domaines.
Malgré ce rôle clé, les physiothérapeutes dénoncent depuis longtemps une stagnation de leurs revenus. Le système tarifaire en vigueur ne permettait pas de couvrir correctement l’ensemble des prestations. Environ 15 % des actes réalisés n’étaient pas facturés de manière adéquate, selon les professionnels. Cette situation a alimenté un conflit durable avec les assureurs-maladie.
Un tournant a été franchi avec l’annonce d’un accord entre l’association professionnelle Physioswiss, les assureurs et les hôpitaux. Son directeur, Osman Bešić, parle d’un « moment historique », selon Watson. L’enjeu était double : éviter l’imposition d’un modèle tarifaire par le Conseil fédéral et parvenir enfin à une solution négociée entre les partenaires.
Le nouveau système repose sur une logique différente. Les forfaits actuels seront abandonnés au profit d’une facturation à l’acte, intégrant une dimension temporelle. Concrètement, les prestations seront comptabilisées par unités de cinq minutes. Cette approche vise à mieux refléter le travail réellement effectué et à améliorer la transparence des factures.
Pour les assureurs, cette évolution répond à une demande de longue date. Une facturation plus détaillée permet un meilleur suivi des prestations et limite les zones d’ombre. Les patients devraient également y gagner en lisibilité, avec des factures plus compréhensibles et plus faciles à vérifier.
Une réforme neutre sur les coûts mais des tensions persistantes
La question du coût reste centrale dans cette réforme. Selon les règles en vigueur, l’introduction d’un nouveau modèle tarifaire doit être neutre financièrement. L’association des assureurs Priosuisse insiste sur ce point : ce changement ne doit pas entraîner de dépenses supplémentaires pour les assurés. Des mécanismes de suivi et d’ajustement sont prévus afin de garantir cet équilibre.
Dans les faits, cette neutralité signifie que la réforme ne se traduira pas par une hausse immédiate des revenus pour les physiothérapeutes. C’est précisément ce qui alimente une certaine frustration au sein de la profession. Osman Bešić le reconnaît que malgré la nouvelle structure, la situation reste « précaire ». Le secteur estime être sous-financé depuis plusieurs années.
Les chiffres illustrent ce paradoxe. Les dépenses liées à la physiothérapie ont plus que doublé depuis 2012, passant d’environ 80 à près de 180 francs par assuré et par an. Pour 2025, cela représente un volume total d’environ 1,6 milliard de francs. Cette forte demande reflète l’utilité croissante de ces traitements, mais elle rend également toute augmentation tarifaire plus difficile à faire accepter.
Physioswiss estime qu’une hausse de plus de 20 % des tarifs serait justifiée pour refléter les coûts réels et améliorer les conditions de travail. Mais le prix des prestations dépend de la valeur du point tarifaire, qui fait l’objet de négociations séparées. Faute d’accord avec les assureurs, une procédure est en cours et les cantons pourraient être amenés à trancher sur ce qu’ils considèrent comme un niveau de rémunération approprié.
La réforme doit encore être validée par le Conseil fédéral, avec une possible entrée en vigueur en 2027. D’ici là, les discussions se poursuivront autour des modalités concrètes d’application et de la question sensible des rémunérations.
Ce changement marque une avancée dans un dossier resté bloqué pendant des années. Il apporte plus de transparence et une meilleure adéquation entre les prestations et leur facturation. Mais il ne règle pas toutes les tensions, notamment sur la reconnaissance financière du travail des physiothérapeutes, qui reste au cœur des débats.








