L’annonce de Donald Trump de taxer à hauteur de 39 % les exportations suisses vers les États-Unis a provoqué une onde de choc dans les milieux économiques suisses. Le canton de Neuchâtel, particulièrement exposé, redoute de lourdes conséquences pour son industrie locale.
Avec 37 % de ses exportations destinées au marché américain, le canton voit planer la menace sur plus de 32 000 emplois. Cette décision unilatérale remet en cause l’équilibre fragile des relations commerciales helvético-américaines et suscite une mobilisation politique et économique urgente.
Une dépendance économique forte vis-à-vis des États-Unis
Le canton de Neuchâtel se distingue par une orientation économique largement tournée vers l’exportation, et notamment vers les États-Unis. En 2024, les exportations neuchâteloises à destination du marché américain ont représenté une valeur de 5,4 milliards de francs. Ce chiffre place Neuchâtel en deuxième position, juste derrière Bâle-Ville, pour les volumes exportés vers les États-Unis. Les secteurs les plus concernés sont la pharma, l’horlogerie et la machine-outil, tous fortement ancrés dans le tissu industriel local.
L’application de droits de douane à hauteur de 39 % par l’administration Trump sur ces produits pourrait remettre en cause la compétitivité de ces filières sur le marché américain. Florence Nater, ministre neuchâteloise de l’Économie, évoque un « gros choc » et une « grande inquiétude » pour les acteurs industriels du canton, rapporte Watson. En effet, toute hausse brutale des barrières tarifaires fragilise directement les chaînes de valeur et augmente les risques de baisse d’activité et de suppressions de postes.
Les 32 000 équivalents plein-temps du secteur secondaire sont directement menacés. Dans un contexte déjà marqué par une hausse du chômage à 4,4 % — soit près du double de la moyenne nationale — le canton voit se profiler une pression supplémentaire sur son économie. Pour Florence Nater, cette annonce est d’autant plus déstabilisante qu’elle intervient après des mois de négociations jugées constructives entre la Confédération et Washington.
Une réponse politique et économique en préparation
Face à cette annonce, le Conseil d’État neuchâtelois ne reste pas inactif. Bien que certains membres soient actuellement en vacances, des échanges ont eu lieu entre Florence Nater et son chef du service de l’économie afin d’anticiper les impacts potentiels. Des contacts sont également en cours avec les acteurs économiques locaux, dans l’objectif d’évaluer les situations critiques et de préparer d’éventuelles mesures d’urgence.
Une première mesure envisagée est l’activation des RHT (réductions de l’horaire de travail), aussi appelées chômage partiel, afin de soutenir les entreprises en difficulté si les droits de douane devaient être maintenus. Cette solution vise à amortir temporairement le choc sur l’emploi en préservant les structures productives en attendant une éventuelle amélioration de la situation commerciale.
Par ailleurs, un courrier est en cours de rédaction à destination du Conseil fédéral. Ce message vise à souligner la spécificité économique de Neuchâtel et à réclamer une action déterminée pour défendre les intérêts des régions les plus dépendantes des exportations. Florence Nater insiste sur le caractère stratégique de ces échanges pour l’économie régionale et pour la contribution du canton à la richesse nationale.
À l’échelle intercantonale, la Conférence des directeurs de l’économie publique de Suisse occidentale se prépare également à coordonner des démarches communes si la situation se prolonge. L’objectif est d’aligner les réponses et d’amplifier la voix des cantons exportateurs auprès de la Confédération.
La ministre évoque l’hypothèse d’une stratégie de pression de la part de Donald Trump, visant à forcer des concessions commerciales de la part de la Suisse. Si tel est le cas, elle espère que les négociations en cours ne sont pas closes et qu’une solution diplomatique pourra être trouvée pour éviter une crise industrielle dans le canton.
L’annonce américaine survient à un moment délicat pour l’économie neuchâteloise. Si elle devait se concrétiser, elle pourrait engendrer une perte de compétitivité durable pour les entreprises locales et précipiter une détérioration du marché de l’emploi.








