La campagne autour de l’initiative de l’UDC «Pas de Suisse à 10 millions!» se durcit à l’approche de la votation du 14 juin. Alors que le texte propose de limiter la population suisse à 10 millions d’habitants d’ici 2050, ses opposants mettent désormais en avant un nouvel argument sensible pour les ménages: le risque d’une hausse d’impôts.
Selon l’Union syndicale suisse (USS), un oui dans les urnes pourrait entraîner jusqu’à 635 francs d’impôts supplémentaires par an pour un foyer moyen. Une étude commandée par la Confédération évoque elle aussi des conséquences financières importantes, même si l’UDC dénonce des scénarios alarmistes.
Les syndicats redoutent un choc démographique et financier pour l’AVS
L’initiative portée par l’UDC vise à limiter durablement la croissance démographique en Suisse. Le texte prévoit que la population résidente ne dépasse pas 10 millions d’habitants dès 2050. Selon les estimations évoquées dans le débat politique, ce seuil pourrait être atteint autour de 2042, obligeant ensuite le pays à stopper ou à réduire fortement l’immigration nette.
C’est précisément ce scénario qui inquiète l’Union syndicale suisse. Pour Daniel Lampart, économiste en chef de l’USS, les conséquences dépasseraient largement la seule question migratoire. Selon lui, une forte limitation de l’immigration accélérerait les difficultés de financement liées au vieillissement de la population.
Aujourd’hui, la Suisse compte environ trois personnes en âge de travailler pour un retraité. Avec une immigration réduite, ce rapport pourrait tomber à seulement deux actifs pour un retraité. Les jeunes travailleurs étrangers ne pourraient alors plus compenser le vieillissement démographique, ce qui pèserait directement sur le financement de l’AVS, des assurances sociales et du système de santé.
L’USS estime qu’à long terme, ces déséquilibres entraîneraient une hausse de la pression fiscale. Selon ses calculs, un ménage suisse moyen pourrait devoir payer jusqu’à 635 francs d’impôts supplémentaires par an afin de maintenir le niveau actuel des prestations publiques.
Les syndicats avancent aussi d’autres chiffres pour illustrer cette pression financière croissante. Selon eux, il faudrait augmenter la TVA de 1,2% d’ici 2075 afin de financer le premier pilier de l’AVS. La part de la Confédération dans le financement du système pourrait atteindre près de 0,2% du PIB à la même échéance. Dans le domaine de la santé, les charges supplémentaires représenteraient environ 0,17% du produit intérieur brut.
Daniel Lampart estime également qu’une acceptation de l’initiative renforcerait les appels à un relèvement de l’âge de la retraite à 67 ans. Pour lui, la baisse du nombre de cotisants rendrait cette évolution de plus en plus difficile à éviter.
Une étude fédérale évoque aussi des coûts élevés, l’UDC rejette les critiques
Les arguments des opposants s’appuient désormais aussi sur une étude mandatée par le Secrétariat d’État aux migrations (SEM) et publiée mercredi. Ce rapport analyse différents scénarios liés à une limitation de la population suisse à 10 millions d’habitants.
Les experts reconnaissent que cette mesure pourrait alléger certaines tensions sur le marché du logement, les infrastructures ou encore l’environnement. Mais selon eux, les conséquences économiques négatives seraient plus importantes. L’étude évoque notamment des déficits de plusieurs milliards de francs pour l’AVS, une baisse des recettes fiscales ainsi qu’une aggravation de la pénurie de main-d’œuvre qualifiée.
Les spécialistes soulignent aussi que les coûts de la santé pourraient augmenter plus rapidement qu’en cas de poursuite de la croissance démographique actuelle. Le rapport reste toutefois prudent et ne formule ni prévisions précises ni estimations définitives. Les auteurs rappellent que les conséquences dépendraient largement de la manière dont l’initiative serait appliquée en pratique.
Du côté de l’UDC, ces avertissements sont vivement contestés. Thomas Aeschi, chef du groupe parlementaire du parti aux Chambres fédérales, accuse l’USS de se concentrer sur des problèmes théoriques à long terme plutôt que sur les difficultés concrètes vécues aujourd’hui par la population.
Le parti met en avant la pénurie de logements, la hausse des primes d’assurance maladie et l’érosion du pouvoir d’achat pour justifier son initiative, cite 20Min. Selon Thomas Aeschi, l’immigration et l’asile représentent déjà un poids important pour les finances publiques suisses. Il qualifie également les critiques des syndicats de «jérémiades» et juge leurs scénarios «hypocrites».
À quelques semaines du scrutin, le débat autour de cette initiative prend donc une dimension de plus en plus économique. Entre inquiétudes sur les finances publiques, tensions liées à l’immigration et avenir de l’AVS, la question de la population suisse dépasse désormais largement le simple enjeu démographique.








