Entre la Poste et Coop, les Suisses sont-ils en train de se faire manipuler pour leur caisse-maladie ?

Les pratiques marketing de La Poste et des autres acteurs du marché des assurances maladie reflètent une concurrence croissante et une stratégie axée sur des incitations financières.

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La Poste
Entre la Poste et Coop, les Suisses sont-ils en train de se faire manipuler pour leur caisse-maladie ? : Crédit : 20min/Stevan Bukvic | Econostrum.info - Suisse

L’extension des activités de La Poste dans le secteur des assurances maladie a suscité un débat sur la légitimité et l’objectivité des conseils qu’elle propose. Par un email envoyé à des dizaines de milliers de clients, La Poste cherche à encourager le changement de caisse-maladie en offrant des consultations gratuites et personnalisées, mais ces démarches se heurtent à des préoccupations éthiques. 

Cette campagne n’est pas un cas isolé : d’autres acteurs du marché, comme la CSS et Coop, ont également recours à des incitations pour attirer de nouveaux clients. Au cœur de cette situation se trouve la question de la transparence des offres et de la pression marketing exercée sur les assurés.

La Poste : un intermédiaire « lié » dans le secteur des assurances maladie

L’initiative de La Poste dans le domaine des assurances maladie repose sur un modèle d’intermédiation, mais avec une portée limitée. Contrairement à un courtier classique, la Poste ne propose que des solutions provenant de trois caisses-maladie spécifiques : Assura, Sympany et Groupe Mutuel. Ces trois entreprises ont payé pour louer des espaces dans les bureaux de La Poste, où des conseillers se tiennent à disposition des assurés. Cela soulève la question de savoir si la Poste, une entreprise publique, devrait jouer ce rôle d’intermédiaire dans un secteur aussi compétitif que celui des assurances santé.

Le choix de ces trois caisses n’est pas anodin. La Poste explique que l’email a été envoyé à des clients ayant accepté de recevoir des offres commerciales liées à l’entreprise. En effet, ces offres sont limitées à des caisses avec lesquelles la Poste a signé des partenariats. Bien que la Poste affirme que la communication est conforme à la législation, certains assurés jugent cette démarche restrictive et opaque. Le porte-parole de La Poste, Patrick Stöpper, a reconnu que l’email marketing pourrait prêter à confusion, mais il a insisté sur le fait que l’entreprise publique ne se positionnait pas comme un courtier indépendant, mais plutôt comme un intermédiaire « lié », rapporte Watson. Ce manque de diversité dans les offres proposées pourrait amener certains clients à percevoir l’initiative comme biaisée, surtout dans un contexte où la liberté de choix est un principe fondamental dans le secteur des assurances.

Cette situation n’est pas nouvelle. Il y a deux ans, un cas a été rapporté par CH Media où une employée de La Poste aurait recommandé une assurance Assura à un client simplement parce qu’il avait adressé un courrier recommandé à une autre caisse. Ce type de pratique soulève des questions sur la neutralité des conseils fournis par les employés de La Poste. Dans le passé, l’entreprise publique a déjà été critiquée pour son rôle d’intermédiaire dans d’autres secteurs, comme l’assurance juridique et les services administratifs, où la sélection de certains prestataires pourrait limiter la concurrence.

La concurrence s’intensifie : Coop et autres caisses multiplient les incitations

Si l’initiative de La Poste soulève des préoccupations, elle s’inscrit dans un contexte plus large où la concurrence pour attirer de nouveaux clients est de plus en plus agressive. D’autres acteurs du marché des assurances, comme la CSS, Coop, KPT et Atupri, utilisent des stratégies marketing similaires pour séduire les assurés. La CSS, par exemple, a récemment lancé une campagne avec Coop dans laquelle les clients détenteurs de la Supercard pouvaient obtenir 555 Superpoints, soit l’équivalent de 5,55 francs, en échange de leur demande de devis pour une assurance. Bien que cette incitation financière soit relativement modeste, elle s’inscrit dans une logique de fidélisation. Ces Superpoints ont également été offerts à ceux qui ne souscriraient finalement pas à l’assurance, ce qui démontre l’importance de l’engagement des clients dans cette démarche.

Par ailleurs, d’autres caisses, comme KPT et Atupri, ont lancé des offres de primes en espèces en partenariat avec la banque digitale Neon. Les clients qui demandent une offre de ces caisses reçoivent 20 francs sur leur compte, même s’ils ne choisissent aucune des offres proposées. Ces stratégies ont pour objectif de capter l’attention des assurés qui envisagent de changer de caisse, tout en augmentant la visibilité de ces caisses sur le marché.

Ces pratiques ne sont cependant pas exemptes de critiques. En plus des incitations financières, les caisses misent sur des canaux de communication très visibles, comme la publicité à la télévision et sur les réseaux sociaux. Le rôle des comparateurs d’assurances, souvent présentés comme des outils neutres, est également remis en question. En 2023, le Tages Anzeiger a révélé que le comparateur Comparis avait retiré une petite caisse de son classement après que celle-ci ait refusé de lui verser des commissions. Ces pratiques soulignent les tensions qui existent entre la transparence des services et les pressions économiques dans un secteur aussi compétitif que celui des assurances.

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