L’intelligence artificielle (IA) fait son entrée dans les bureaux romands, mais souvent discrètement et à l’insu des employeurs. Selon une étude réalisée par Qualinsight, près de 72 % des actifs romands intègrent l’IA dans leur quotidien professionnel, que ce soit pour la rédaction de documents, la recherche d’informations, ou même pour des tâches plus complexes comme la planification stratégique.
Si cette adoption permet de gagner du temps et d’améliorer la productivité, elle soulève néanmoins des inquiétudes majeures concernant la sécurité des données et la gestion de cette nouvelle technologie dans le monde du travail. Le phénomène d’« IA fantôme », où les employés utilisent des outils d’IA non validés par leur entreprise, inquiète particulièrement les experts.
Un usage de l’IA de plus en plus répandu, mais non encadré
L’IA s’impose progressivement dans le monde professionnel, notamment en Suisse romande, où 72 % des actifs utilisent déjà cette technologie pour diverses tâches. Si l’usage de l’IA a commencé par de simples tâches, comme l’aide à la rédaction ou la recherche d’informations, il s’est rapidement étendu à des missions plus stratégiques, telles que la planification ou la veille informationnelle.
Selon l’étude de Qualinsight, une part importante des utilisateurs déclare que l’IA leur permet de gagner en moyenne trois heures par semaine, ce qui représente un gain de productivité notable. Cependant, cette utilisation ne se fait pas toujours avec l’accord explicite des employeurs. En effet, 27 % des personnes interrogées utilisent des outils d’IA sans aucune validation de leur entreprise ou de son service informatique, et 49 % des organisations ne disposent pas de règles claires concernant l’usage de ces technologies.
L’absence de formation spécifique au sein des entreprises romandes constitue un autre facteur de risque. Environ 79 % des employés n’ont pas reçu de formation formelle sur l’utilisation des outils d’IA, ce qui peut entraîner une mauvaise gestion des données sensibles ou la création de pratiques risquées.
Selon Esther Sève, fondatrice de Qualinsight, cette situation de « Shadow AI » (ou IA fantôme) déstabilise les entreprises, car les outils sont facilement accessibles et simples d’utilisation, mais les employés ne sont pas formés à sécuriser correctement leurs données avant de les transmettre à des outils d’IA comme ChatGPT, Claude ou Gemini.
Les risques liés à la sécurité des données et la nécessité d’une régulation
Le phénomène de l’IA fantôme, où des outils d’IA sont utilisés sans validation ou supervision par les entreprises, comporte des risques importants pour la confidentialité des données. L’étude montre que plus de 70 % des utilisateurs d’IA ne savent pas où leurs données sont stockées ni comment elles sont utilisées.
Cette absence de transparence suscite des préoccupations, notamment en ce qui concerne la protection des données sensibles et la conformité aux normes de sécurité. Esther Sève met en garde contre l’utilisation des versions gratuites de ces outils, qui, bien qu’efficaces, n’offrent pas les garanties nécessaires pour un usage professionnel sécurisé, comme le rapporte Blick.
La question de la régulation de l’IA au travail devient donc cruciale. L’étude révèle que 77 % des répondants demandent une réglementation claire, et 72 % jugent que la protection des données est essentielle. Cependant, cette demande se heurte à un manque de cadre législatif dans de nombreux secteurs.
Si des domaines comme la santé ou le juridique disposent déjà de régulations strictes concernant l’usage de l’IA, ce n’est pas le cas dans d’autres secteurs, où l’adoption de ces outils est moins encadrée. Les entreprises romandes, notamment celles dans les secteurs moins réglementés, se retrouvent donc exposées à des risques liés à l’utilisation d’outils non validés.
La mise en place de régulations internes et de formations adaptées est urgente. Selon Esther Sève, les entreprises qui ne prennent pas le temps d’adopter des politiques claires sur l’utilisation de l’IA risquent de perdre en compétitivité et d’accumuler du retard dans l’adoption de cette technologie.








