L’hôtellerie suisse traverse une période difficile, particulièrement pour les hôtels familiaux, dont la fermeture se multiplie. Malgré des records de nuitées touristiques, de nombreux petits établissements peinent à survivre, principalement en raison de la difficulté à trouver des successeurs pour les générations partantes.
En vingt ans, la Suisse a perdu plus de 1400 hôtels familiaux, et cette tendance ne semble pas prête de s’inverser. Le secteur fait face à une vague de faillites et de restructurations, avec des hôtels peinant à joindre les deux bouts malgré un marché touristique qui reste attractif.
Un marché en mutation : la succession devient un casse-tête pour les hôtels familiaux
L’un des problèmes majeurs pour les hôteliers familiaux réside dans la succession des établissements. De nombreux propriétaires actuels, souvent des baby-boomers ayant travaillé sans relâche pendant des décennies, sont désormais à la retraite ou proches de l’être. Mais trouver un successeur prêt à prendre en charge un hôtel familial reste un défi de taille. Markus Schmid, ancien président de la Société valaisanne des hôteliers, explique que « la vague de fermetures d’hôtels familiaux va se poursuivre », car les jeunes générations ne souhaitent pas reprendre les établissements vieillissants, relate Blick.
Les hôteliers peinent à attirer des repreneurs. Beaucoup de jeunes, malgré l’attrait du secteur, préfèrent éviter de prendre en charge un établissement en raison des lourdes responsabilités et des faibles marges bénéficiaires. Les hôtels familiaux, souvent composés de 10 à 30 chambres, ont des coûts fixes élevés, et il est difficile d’atteindre un seuil de rentabilité satisfaisant. Les investissements nécessaires pour moderniser ces hôtels sont souvent impossibles à réaliser, d’où la fermeture de nombreux établissements.
Dans certains cantons comme le Valais et les Grisons, où la situation est particulièrement marquée, des centaines d’hôtels cherchent encore preneurs, mais les solutions semblent rares. « Avec des établissements aussi petits, les exploitants doivent travailler d’arrache-pied pour que les comptes suivent », souligne Markus Schmid. En 2025, des changements législatifs ont aggravé la situation, avec une augmentation des faillites dans le secteur. Selon l’association suisse des créanciers Creditreform, ce chiffre a bondi de 60-80 à 109 établissements en faillite par an.
La montée en puissance des grands groupes et la quête de solutions pour les petits hôtels
Face à la difficulté de maintenir des hôtels familiaux à flot, de grands investisseurs et chaînes hôtelières commencent à dominer le marché suisse. L’attrait touristique de la Suisse, avec ses stations de ski prisées et ses paysages pittoresques, attire les grandes chaînes hôtelières qui souhaitent se développer, souvent en investissant dans de nouveaux complexes de grande taille. Le groupe Revier Hospitality, par exemple, a récemment acquis l’hôtel Aves Homebase à Arosa, un établissement de 87 chambres, et prévoit de l’ouvrir en décembre sous sa marque.
Cependant, cette concentration du marché nuit aux hôtels familiaux. Les établissements de petite taille, souvent mal adaptés aux exigences des grands groupes, sont écartés du marché. Les chaînes hôtelières, comme Revier, préfèrent investir dans des constructions neuves ou des hôtels de plus de 75 chambres, excluant ainsi les petits hôtels de famille. De plus, la tendance est clairement à l’hôtellerie de luxe avec les hôtels 4 et 5 étoiles, dont la rentabilité est plus attractive.
Cependant, des solutions commencent à émerger pour soutenir les hôtels familiaux. Les jeunes hôteliers, plus ouverts à la collaboration, cherchent à partager les coûts fixes élevés des petites structures en formant des coopérations. Selon Norbert Hörburger, professeur en Hospitality Management à la Haute école spécialisée des Grisons, « les coopérations permettent de répartir les frais sur un plus grand nombre de chambres et de réduire les coûts par nuitée ». De plus, des options comme l’achat en fermage, où le loyer est déduit du prix d’achat, ou des prêts du vendeur, offrent des alternatives de financement pour les jeunes hôteliers qui manquent de moyens pour acheter un hôtel complet.
Les petites structures, bien que confrontées à des défis considérables, ont encore une chance de survie, à condition de s’adapter aux nouvelles réalités du marché et de faire preuve de flexibilité. Dans les destinations moins attractives pour les grands investisseurs, la survie des petits et moyens hôtels est d’autant plus cruciale pour maintenir une offre hôtelière diversifiée et accessible.








