L’hôtellerie suisse dans la tourmente : 500 établissements emblématiques ont déjà mis la clé sous la porte

La montée des chaînes hôtelières internationales en Suisse contribue à la fermeture de centaines de petits établissements indépendants, redéfinissant le paysage touristique du pays.

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L’hôtellerie suisse dans la tourmente : 500 établissements emblématiques ont déjà mis la clé sous la porte : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

Au cours des dix dernières années, plus de 500 hôtels ont fermé leurs portes en Suisse, un phénomène qui attire l’attention sur l’évolution du secteur touristique. Ce déclin s’accompagne paradoxalement d’une croissance des nuitées et du nombre de lits disponibles, grâce à l’expansion rapide des chaînes hôtelières internationales. 

Tandis que de petits établissements familiaux ferment, les grandes marques comme Accor, Marriott et Intercontinental connaissent une croissance soutenue. Ce changement a des implications profondes sur l’économie hôtelière suisse, redéfinissant le paysage du tourisme dans le pays.

L’expansion des chaînes internationales : un bouleversement du marché

Les chiffres de l’Office fédéral de la statistique (OFS) sont sans appel : le nombre d’hôtels en Suisse a chuté de 11,6 % entre 2013 et 2023, passant de 4 793 établissements à 4 236. Parallèlement, le nombre de lits disponibles a augmenté de 9,1 %, et les nuitées ont progressé de 22,5 %. Ce paradoxe est expliqué par la croissance des grandes chaînes hôtelières internationales, qui continuent de se développer à un rythme soutenu.

Accor, leader du marché suisse, a ouvert en moyenne plus de deux nouveaux hôtels par an ces dernières années, et d’autres grandes marques, comme Marriott, n’hésitent pas à investir dans de nouvelles implantations. Par exemple, le groupe Marriott lancera son premier hôtel Moxy à Zurich en décembre 2025. L’Intercontinental Hotel Group (IHG) a également contribué à cette dynamique en ouvrant un Holiday Inn à Sion en 2023 et en annonçant l’arrivée d’un hôtel Ruby à Genève en 2028, rapporte Watson. Ces marques ont la capacité de financer des projets de grande envergure, de l’ordre de plusieurs centaines de chambres, avec des établissements comme le Swissôtel de Berne ou le Mövenpick de Bâle, chacun comptant entre 170 et 264 lits.

Ces chaînes multinationales dominent désormais les principales villes du pays, notamment Zurich, Genève et Bâle. Leur modèle économique repose sur des structures plus grandes, capables d’absorber des investissements lourds, et bénéficie de la renommée de leurs marques auprès des voyageurs internationaux, notamment ceux en voyage d’affaires. En effet, la taille moyenne des établissements dans les villes suisses, telles que Zurich (58 chambres) et Bâle (90 chambres), dépasse largement celle des hôtels situés dans des régions moins urbaines, où la taille moyenne est de 33 chambres dans les Grisons ou 26 chambres en Valais.

La situation des petites structures : un marché en difficulté

L’essor des chaînes hôtelières a des conséquences dramatiques pour les petits établissements indépendants et familiaux, qui peinent à maintenir leur activité face à des acteurs mondiaux. Ces structures, présentes historiquement dans des zones rurales ou des stations de ski, doivent désormais faire face à une concurrence directe de la part des grands groupes. Ces derniers peuvent non seulement investir massivement dans des hôtels plus modernes, mais aussi offrir des services standardisés et une visibilité mondiale grâce à des réseaux de distribution puissants.

Les petites entreprises familiales, souvent limitées par des budgets marketing restreints et une capacité d’investissement réduite, ont du mal à rivaliser. En outre, la pandémie de Covid-19 a accéléré cette tendance, avec des régions comme les Grisons ou le Valais, autrefois prisées pour leur atmosphère authentique, devenant de plus en plus attirantes pour les grandes chaînes. Ces dernières investissent désormais dans ces zones secondaires, qui avaient pourtant échappé à la domination des grandes marques jusque-là.

Dans ce contexte, de nombreuses entreprises familiales ont vu leurs portes se fermer, incapables de résister à la pression des investissements institutionnels dans le secteur. Les petites structures qui subsistent doivent se distinguer par leur hospitalité, leur charme et la personnalisation de leur service, des éléments que les grandes chaînes, malgré leurs avantages, ne peuvent toujours offrir de manière aussi intime.

Cependant, malgré la montée en puissance des géants du secteur, certains investisseurs restent intéressés par l’idée de financer des projets hôteliers indépendants. Par exemple, le Mama Shelter à Zurich a été financé par un fonds immobilier d’UBS, tandis que la gestion a été confiée au groupe Accor, sans que ce dernier possède les murs de l’établissement. Ce modèle hybride permet aux investisseurs de bénéficier des avantages d’une grande marque tout en conservant une certaine indépendance sur le plan immobilier.

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