Environ 4’000 francs par an pour une famille de quatre personnes à faibles revenus : c’est le montant envisagé par Alfred « Fredy » Gantner. Le cofondateur de Partners Group propose de financer cette redistribution en faisant payer davantage les entreprises qui embauchent des ressortissants de l’Union européenne.
La piste, présentée dans un entretien à CH Media, reste une proposition. L’entrepreneur zougois entend ainsi intervenir dans le débat sur l’immigration, avec une idée qui touche aussi bien aux recrutements des entreprises qu’au portefeuille des ménages.
Une contribution étalée sur cinq ans
Dans le modèle défendu par Gantner, une entreprise recrutant un ressortissant de l’UE devrait verser une contribution calculée en fonction de son salaire. Le paiement serait réparti sur cinq ans.
Les exemples avancés donnent une idée de la facture. Pour un salaire annuel de 75’000 francs, la contribution atteindrait au total 15’000 francs sur cette période. Avec un revenu annuel de 300’000 francs, elle grimperait à 225’000 francs.
Le prélèvement augmenterait donc plus vite que la rémunération. Les hauts salaires entraîneraient ainsi une facture nettement plus importante pour l’employeur.
« Les employeurs, qui créent la valeur ajoutée, devraient y contribuer », explique Gantner à CH Media. Il considère les entreprises comme les principales bénéficiaires de l’immigration et veut leur faire supporter une part plus importante des coûts associés.
Jusqu’à 990 francs par personne à faibles revenus
L’entrepreneur avance une recette potentielle d’environ 1,35 milliard de francs par an pour la Confédération. Une partie de cette somme serait reversée à la population, en privilégiant les revenus les plus faibles.
Comme le rapporte Blick, une personne à faibles revenus pourrait ainsi recevoir jusqu’à 990 francs par année. Pour une famille de quatre personnes, le montant approcherait les 4’000 francs.
Ces sommes correspondent au scénario présenté par Gantner. Elles reposent sur ses estimations de recettes et sur son choix de cibler la redistribution vers les ménages modestes. Le chiffre ne constitue donc pas un versement auquel les familles peuvent déjà prétendre.
À Berne, une autre taxe a déjà été discutée
Le sujet ne débarque pas dans la politique suisse. Une contribution liée à l’immigration avait déjà été évoquée après l’acceptation de l’initiative contre l’immigration de masse en 2014. Les discussions ont repris dans le contexte de l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ».
Le 29 septembre 2026, le Conseil des États a soutenu une autre piste : une taxe d’incitation comme mesure de protection supplémentaire dans le cadre des nouveaux accords avec l’UE. Sa perception dépendrait de l’activation d’une clause de sauvegarde, destinée à répondre à des difficultés sérieuses d’ordre économique ou social.
Cette approche ne convainc pas Gantner, qui juge son déclenchement trop tardif. Son propre projet vise à faire contribuer les employeurs selon un autre mécanisme, fondé sur le salaire des personnes recrutées.
La libre circulation reste un point de blocage
Fredy Gantner connaît bien le terrain des relations Suisse-UE. Figure du mouvement Kompass/Europa et opposant aux nouveaux accords européens, il présente cette contribution dans le prolongement de son engagement politique.
Mais la mise en œuvre soulève une difficulté majeure. D’après Blick, son projet ne serait pas compatible avec l’accord sur la libre circulation des personnes conclu avec l’Union européenne, contrairement à la piste envisagée dans le cadre de la clause de sauvegarde.
L’entrepreneur dit avoir présenté sa proposition pour « alimenter le débat politique ». La redistribution aux familles figure, pour l’instant, dans ce projet porté par Gantner.








