L’année 2025 marque un tournant pour le marché du travail en Suisse, avec une prudence accrue de la part des employeurs, en particulier en Suisse romande. Le quatrième trimestre devrait être particulièrement difficile, avec une baisse significative des intentions d’embauche à l’échelle nationale.
Cette situation est le reflet de multiples défis économiques mondiaux et locaux, auxquels s’ajoutent des pressions démographiques et des coûts croissants. Ce contexte général de ralentissement touche de manière plus marquée certaines régions, notamment la Suisse romande, un phénomène qui mérite d’être exploré en détail pour comprendre ses causes et ses implications.
Un climat d’embauche marqué par la prudence
Le climat d’embauche en Suisse romande s’est détérioré de façon significative en 2025, avec une baisse de 32 % des perspectives nettes d’emploi (PNE). En comparaison, la baisse générale au niveau national est de 7 points de pourcentage, représentant un recul moins accentué que dans la région francophone. Selon le rapport de Manpower publié ce mercredi, les PNE de la Suisse romande se sont établis à 26 % pour le quatrième trimestre, un chiffre alarmant comparé aux années précédentes. Cette baisse se fait sentir dans quasiment tous les secteurs et régions du pays, mais la Romandie reste celle où le recul est le plus profond, un phénomène qui reflète une certaine fragilité économique locale.
Cette situation résulte principalement de la combinaison de facteurs externes tels que la volatilité des échanges commerciaux mondiaux et l’augmentation des coûts, couplée à des pressions internes liées à des changements démographiques. Les entreprises suisses se retrouvent dans un environnement où les incertitudes économiques internationales influencent leur stratégie d’embauche. L’incertitude politique, en particulier en ce qui concerne les relations commerciales avec certains partenaires européens, ainsi que les fluctuations des prix de l’énergie et des matières premières, obligent de plus en plus d’employeurs à réévaluer leurs besoins en main-d’œuvre.
Par ailleurs, les entreprises suisses se tournent de plus en plus vers des solutions flexibles pour maintenir leur compétitivité. Environ 32 % des employeurs ont recours à des collaborateurs fixes pour des missions saisonnières ou ponctuelles. Simultanément, 27 % optent pour du personnel temporaire, et 15 % recourent à des consultants. Ces chiffres témoignent de l’évolution des pratiques d’embauche, qui s’adaptent aux exigences économiques actuelles. Le recours à ces modèles flexibles s’explique en grande partie par la nécessité de maintenir des équipes réactives tout en contrôlant les coûts.
Les secteurs clés en pleine transformation
L’économie de la Suisse romande repose en grande partie sur l’horlogerie et les services haut de gamme. Cependant, même ces secteurs, traditionnellement forts dans la région, ressentent les effets du ralentissement économique. La baisse de la demande mondiale pour des produits de luxe et la concurrence accrue au niveau international ont entraîné un repli des intentions d’embauche dans ces domaines. Dans le même temps, d’autres secteurs connaissent des évolutions contrastées.
Le secteur de l’énergie, notamment, se distingue par une forte dynamique de croissance. Grâce aux politiques publiques orientées vers la transition énergétique et aux choix stratégiques des entreprises, les embauches dans ce secteur ont connu une nette progression, avec une hausse de 56 points de pourcentage des PNE. Les entreprises actives dans l’énergie et les services publics bénéficient des initiatives gouvernementales, mais aussi des besoins croissants en matière de technologies vertes et d’innovations durables.
En revanche, la santé et les sciences de la vie, des secteurs pourtant cruciaux pour le bien-être de la population, sont confrontés à une pression croissante. Le rapport de Manpower signale une baisse de 26 points de pourcentage des intentions d’embauche dans ce domaine, en grande partie en raison de la forte pression financière sur les hôpitaux et autres établissements de santé. Avec des effectifs représentant 62 % des coûts d’exploitation des hôpitaux, la gestion des ressources humaines dans ce secteur devient un défi majeur. La combinaison d’une augmentation des dépenses publiques, d’une demande croissante de soins et de pénuries de compétences aggrave la situation.
Malgré cette pression, la demande de professionnels hautement qualifiés, notamment dans les domaines technologiques et spécialisés, demeure. Toutefois, les employeurs semblent hésiter à investir dans des engagements à long terme, préférant souvent opter pour des solutions plus flexibles, comme le travail temporaire ou les consultants. Cette tendance est un reflet de l’incertitude économique qui prévaut et du désir de limiter les risques financiers à court terme.








