Berne veut plafonner les salaires des patrons de caisses, mais le million reste à portée 

Berne veut serrer la vis aux patrons des caisses maladie, mais le coup de frein pourrait être moins spectaculaire qu’annoncé. Le futur plafond ne concernerait qu’une partie de leur rémunération, laissant une large marge ailleurs.

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Berne veut plafonner les salaires des patrons de caisses, mais le million reste à portée : Crédit : ALESSANDRO DELLA VALLE / KEYSTONE | Econostrum.info - Suisse

Les salaires parfois proches du million de francs versés aux patrons des caisses maladie sont de nouveau dans le viseur de Berne. Le Conseil fédéral soutient désormais un plafonnement des rémunérations liées à l’assurance de base. 

Mais derrière cette mesure spectaculaire, son impact réel pourrait être beaucoup plus limité qu’il n’y paraît. Les dirigeants pourraient en effet continuer à toucher d’importants revenus grâce aux activités annexes de leurs groupes.

Près d’un million de francs pour certains patrons

Les rémunérations des dirigeants des grandes caisses maladie atteignent aujourd’hui des niveaux particulièrement élevés.

En 2025, Philomena Colatrella, alors directrice générale de CSS, a perçu 998’611 francs. Roman Sonderegger, à la tête d’Helsana, et Andreas Schönenberger, patron de Sanitas, ont eux aussi approché le seuil symbolique du million de francs.

Ces montants sont devenus particulièrement sensibles dans un contexte où les primes d’assurance maladie pèsent toujours plus lourd sur le budget des ménages.

Le Conseil fédéral a donc décidé de soutenir une intervention du conseiller aux États socialiste Baptiste Hurni visant à plafonner les rémunérations versées aux dirigeants des caisses.

À première vue, la mesure pourrait laisser penser que les salaires à sept chiffres appartiendront bientôt au passé. Dans les faits, le dispositif envisagé est beaucoup plus ciblé.

Le plafond ne concernerait qu’une partie du salaire

Le principal élément à retenir est que la limitation ne viserait que la rémunération liée à l’assurance obligatoire des soins. Or les dirigeants des caisses maladie peuvent également être rémunérés pour les autres activités de leur groupe, notamment les assurances complémentaires.

Ces revenus resteraient en dehors du plafond. Baptiste Hurni reconnaît lui-même que son projet n’a pas pour objectif premier de faire chuter les rémunérations globales, comme le relève Blick. L’idée est surtout d’éviter qu’une part excessive de l’argent provenant de l’assurance obligatoire ne serve à financer les salaires des dirigeants.

Le signal est donc davantage politique que financier. Cette limite ne devrait d’ailleurs pratiquement rien changer au montant des primes. Selon le Conseil fédéral, les rémunérations des directeurs généraux auraient représenté environ 24 centimes par mois pour un assuré moyen l’an dernier.

La mesure vise avant tout à montrer que les autorités sont capables d’encadrer l’utilisation des fonds provenant de l’assurance obligatoire.

Un salaire de conseiller fédéral comme plafond

Reste à déterminer comment fixer concrètement la rémunération maximale. La Commission de la santé du Conseil national envisage un mécanisme prenant notamment en compte l’inflation, la taille de l’assureur et son efficacité.

Le Conseil fédéral préfère une formule beaucoup plus simple : utiliser le salaire d’un conseiller fédéral comme référence. Avec les montants actuels, cela correspondrait à environ 478’166 francs par an pour la partie du salaire liée à l’assurance obligatoire.

Mais même ce plafond pourrait n’avoir qu’un effet limité. Parmi les dirigeants cités, seul le patron de Sanitas aurait dépassé cette limite en 2025 pour la part relevant de l’assurance de base, et seulement d’environ 21’834 francs.

Une caisse pourrait donc théoriquement compenser cette différence en augmentant la part de rémunération versée au titre de ses autres activités, dans les limites du droit applicable.

C’est précisément ce qui explique pourquoi la réforme ne devrait pas mettre un terme aux rémunérations très élevées dans le secteur.

Baptiste Hurni estime qu’un plafonnement global des salaires serait plus efficace. Mais une telle mesure toucherait également les activités privées des assureurs et constituerait une intervention beaucoup plus importante dans le fonctionnement des entreprises.

Le futur plafond risque donc surtout de changer la manière dont les rémunérations sont réparties, sans forcément faire disparaître les salaires proches du million de francs.

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