Un an de montagnes russes avec Trump : les entreprises suisses dévoilent les dégâts 

Un an après le choc des droits de douane américains à 39 %, les entreprises suisses tentent encore de s’adapter. Entre remboursements, hausses de prix et pertes de parts de marché, plusieurs PME racontent comment elles ont traversé cette année de turbulences.

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Un an de montagnes russes avec Trump : les entreprises suisses dévoilent les dégâts : Crédit : Shutterstock | Econostrum.info - Suisse

Un an après le choc provoqué par les droits de douane américains, les entreprises suisses restent plongées dans l’incertitude. Les surtaxes ont certes reculé par rapport aux 39 % annoncés le 1er août 2025, mais leurs conséquences continuent de peser sur les exportateurs. 

Hausse des prix, recul des ventes et millions de francs immobilisés ont marqué les douze derniers mois. Plusieurs PME ont toutefois réussi à limiter les dégâts en partageant les coûts, en produisant davantage aux États-Unis ou en réclamant le remboursement des montants versés.

Des droits réduits, mais une incertitude toujours aussi forte

Depuis le 24 juillet 2026, les produits suisses entrant aux États-Unis peuvent être soumis à un droit additionnel pouvant atteindre 12,5 %. Le taux réel varie selon les produits et tient compte des droits déjà appliqués au titre de la nation la plus favorisée, tandis que certaines catégories bénéficient d’exemptions. Les taxes sectorielles sur l’acier, l’aluminium ou d’autres marchandises restent également en vigueur.

Cette nouvelle situation représente une amélioration par rapport aux 39 % imposés un an plus tôt, mais les entreprises suisses restent moins bien traitées que certains concurrents européens. Les changements successifs ont surtout rendu les investissements, les commandes et la fixation des prix particulièrement difficiles.

Richard Baldwin, professeur d’économie internationale à l’IMD de Lausanne, estime que les entreprises doivent désormais considérer cette instabilité comme une nouvelle réalité. À ses yeux, la politique douanière de Donald Trump repose davantage sur des motivations politiques que sur une véritable logique économique.

Les témoignages recueillis par Blick auprès de plusieurs entreprises montrent que cette imprévisibilité a souvent été plus difficile à gérer que le niveau même des taxes. Les dirigeants ont dû modifier leurs tarifs, utiliser leurs stocks ou négocier directement avec leurs clients américains pour préserver leurs parts de marché.

Ricola, Victorinox et Maestrani ont récupéré une partie des sommes

Les États-Unis constituent le premier marché de Ricola et représentaient environ 40 % de ses exportations avant l’instauration des surtaxes. Le fabricant de bonbons aux herbes estime avoir subi un préjudice de plusieurs millions de francs.

L’entreprise a augmenté ses prix d’environ 10 %, mais affirme n’avoir enregistré qu’un recul limité de son activité. Elle bénéficie notamment d’une organisation particulière puisque les produits semi-finis sont fabriqués en Suisse avant d’être conditionnés en petites unités aux États-Unis.

Victorinox a également été fortement touchée. En un an, la part de ses exportations destinées au marché américain est passée de plus de 20 % à environ 13 %. La marque schwytzoise a refusé de déplacer la fabrication de ses célèbres couteaux, leur origine suisse constituant un élément central de leur identité.

L’entreprise a réclamé 4,5 millions de dollars aux autorités douanières américaines et affirme avoir déjà récupéré plus de 4 millions. Elle continue cependant à supporter un surcoût proche de 30 % sur certains produits en raison des taxes visant notamment l’acier et l’aluminium.

Chez Maestrani, fabricant des chocolats Minor et Munz, les stocks constitués avant l’entrée en vigueur des droits ont permis de limiter les conséquences immédiates. La société a déjà obtenu le remboursement d’une partie des surtaxes, mais reste préoccupée par l’écart de traitement entre la Suisse et l’Union européenne.

Certaines entreprises ont augmenté leurs prix ou partagé la facture

Weleda a été moins exposée que d’autres groupes suisses, car une grande partie de ses produits destinés aux États-Unis est exportée depuis l’Allemagne. Le fabricant de cosmétiques naturels a néanmoins relevé ses prix sur le marché américain en 2025, une première depuis sept ans.

Thermoplan, qui exportait plus de 30 % de sa production de machines à café vers les États-Unis, a choisi de prendre à sa charge la moitié des surcoûts et de partager le reste avec ses clients. Ces derniers ont ensuite demandé le remboursement des droits et ont pu restituer une grande partie des sommes à l’entreprise lucernoise.

Kuhn Rikon a augmenté ses prix de 20 % aux États-Unis, sans parvenir à compenser complètement le recul du chiffre d’affaires et des marges. Le fabricant d’ustensiles de cuisine reste soumis à des taxes comprises entre 15 et 30 % sur certains produits, malgré le remboursement de plusieurs centaines de milliers de francs.

D’autres entreprises ont réussi à répercuter l’intégralité de la facture. MPS Micro Precision Systems n’a ainsi pas subi de perte financière majeure, les droits ayant été payés par ses clients. Fraisa a adopté une stratégie comparable et perdu moins de clients qu’elle ne le craignait, même si le groupe attend toujours ses remboursements.

Pour ces sociétés, le principal danger reste désormais l’absence de visibilité. Les taux peuvent changer rapidement, de nouvelles taxes sectorielles peuvent apparaître et les concurrents étrangers ne sont pas toujours soumis aux mêmes conditions. Un an après l’annonce des 39 %, les entreprises suisses ont donc appris à s’adapter, mais aucune ne considère encore la crise douanière comme terminée.

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